Breathless
Réalisé par Yang Ik-june (2010)
Drame
| Durée | 130 minutes |
| Sortie | 14/04/2010 |
| Note | 6/10 |
Traumatisé par une enfance difficile, Sang-hoon travaille comme recouvreur de dettes. Il cherche à régler toutes les choses qui lui vont de travers dans sa vie quotidienne par une violence aveugle. Son agressivité exhibée trouve un pendant insoupçonné en la personne de Yeon-hee, une lycéenne dont les problèmes familiaux ressemblent à ceux de Sang-hoon.
La critique
Par Tootpadu 26/11/2009
Rempli à ras bord de rage et de fureur, ce premier film, Grand Prix du dernier Festival du Film asiatique de Deauville, dépasse la dureté de son propos pour aboutir à un regard guère complaisant sur la misère sociale dans les foyers modestes de la Corée du Sud. Son protagoniste exprime tant de haine et de colère par ses gestes et ses paroles, qu'il paraît complètement dépouillé de tout ce que l'on attribue habituellement à la bonté humaine. Trouver un grain de sensibilité ou une pousse d'espoir dans cette noirceur nihiliste va être l'objectif moral de ce film plutôt subtil, vu les circonstances.
Même si le réalisateur, scénariste et acteur principal Yang Ik-june cherche un peu trop à ramener tout le mal-être de Sang-hoon à son enfance, marquée par une violence insoutenable, tout en laissant en parallèle sa jeune amie revivre le même genre de calvaire au quotidien, son film ne se prête point aux solutions ou aux explications faciles. Face à une violence sourde omniprésente, la réaction la plus instinctive serait d'adopter la même attitude défensive, qui consiste essentiellement à cogner, physiquement ou verbalement, avant que l'autre ne puisse en placer une. Et c'est finalement parce qu'elle ose tenir tête aux mauvaises manières de Sang-hoon, en lui répondant avec les mêmes injures qu'il emploie sans arrêt, que Yeon-hee attire son attention. Ces deux bêtes humaines, que le côté néfaste de l'existence a aigri irrémédiablement, se retrouvent avant tout, en raison d'une ressemblance de leur méthode d'adaptation à un environnement familial rude et hostile. Seulement l'un face à l'autre peuvent-ils se permettre de baisser les masques et les armes et laisser couler les larmes chaudes de leur dépit et de leur épuisement moral, au cours de la séquence à la plage, le moment le plus touchant du film.
Toutefois, le répit n'est que de courte durée, puisque l'engrenage de la violence reprend aussitôt son mécanisme implacable. Tel un virus, elle se transmet de génération en génération, sans que les erreurs des aînés ne fassent grandir les jeunes en capacité de pardon, ni en sagesse. En cela, le message transmis doucement mais fermement par Breathless est assez déprimant. Car lorsque le protagoniste entrevoit timidement une ouverture vers une vie différente, qui ne serait pas régie par la haine et la colère autodestructrices, il est déjà trop tard pour rebrousser chemin.
Formellement, ce film impressionnant, quoiqu'éprouvant, respire la même rage que celle qui anime son héros tragique. Le réalisateur Yang Ik-june n'encombre guère son récit avec des finesses narratives inutiles pour créer un monde de brutes. Mais avec la même vivacité du regard, il sait rester à l'écart de l'esthétique poussive, qui nous rend généralement la plupart des retours en arrière aussi exécrables. Ici, les courtes séquences sur l'enfance de Sang-hoon et de Yeon-hee participent surtout à nous plonger davantage dans leur drame personnel déchirant. Les véritables séquelles des horribles abus qu'ils ont dû subir se voient bien mieux à travers leur philosophie du désespoir, qui les protège tant bien que mal, avec un tempérament de bolide et une grande gueule, contre l'adversité d'un monde sans pitié.
Même si le réalisateur, scénariste et acteur principal Yang Ik-june cherche un peu trop à ramener tout le mal-être de Sang-hoon à son enfance, marquée par une violence insoutenable, tout en laissant en parallèle sa jeune amie revivre le même genre de calvaire au quotidien, son film ne se prête point aux solutions ou aux explications faciles. Face à une violence sourde omniprésente, la réaction la plus instinctive serait d'adopter la même attitude défensive, qui consiste essentiellement à cogner, physiquement ou verbalement, avant que l'autre ne puisse en placer une. Et c'est finalement parce qu'elle ose tenir tête aux mauvaises manières de Sang-hoon, en lui répondant avec les mêmes injures qu'il emploie sans arrêt, que Yeon-hee attire son attention. Ces deux bêtes humaines, que le côté néfaste de l'existence a aigri irrémédiablement, se retrouvent avant tout, en raison d'une ressemblance de leur méthode d'adaptation à un environnement familial rude et hostile. Seulement l'un face à l'autre peuvent-ils se permettre de baisser les masques et les armes et laisser couler les larmes chaudes de leur dépit et de leur épuisement moral, au cours de la séquence à la plage, le moment le plus touchant du film.
Toutefois, le répit n'est que de courte durée, puisque l'engrenage de la violence reprend aussitôt son mécanisme implacable. Tel un virus, elle se transmet de génération en génération, sans que les erreurs des aînés ne fassent grandir les jeunes en capacité de pardon, ni en sagesse. En cela, le message transmis doucement mais fermement par Breathless est assez déprimant. Car lorsque le protagoniste entrevoit timidement une ouverture vers une vie différente, qui ne serait pas régie par la haine et la colère autodestructrices, il est déjà trop tard pour rebrousser chemin.
Formellement, ce film impressionnant, quoiqu'éprouvant, respire la même rage que celle qui anime son héros tragique. Le réalisateur Yang Ik-june n'encombre guère son récit avec des finesses narratives inutiles pour créer un monde de brutes. Mais avec la même vivacité du regard, il sait rester à l'écart de l'esthétique poussive, qui nous rend généralement la plupart des retours en arrière aussi exécrables. Ici, les courtes séquences sur l'enfance de Sang-hoon et de Yeon-hee participent surtout à nous plonger davantage dans leur drame personnel déchirant. Les véritables séquelles des horribles abus qu'ils ont dû subir se voient bien mieux à travers leur philosophie du désespoir, qui les protège tant bien que mal, avec un tempérament de bolide et une grande gueule, contre l'adversité d'un monde sans pitié.
Vu le 26 novembre 2009, au Club Marbeuf, en VO
★★★★★★☆☆☆☆
6/10