Adoration
Réalisé par Atom Egoyan (2009)
| Durée | 101 minutes |
| Sortie | 15/04/2009 |
| Note | 7/10 |
Après avoir étudié en classe un texte sur un terroriste, qui avait envoyé sa femme enceinte avec une bombe dans un avion, la prof de français Sabine est si impressionnée par la relecture qu'en a fait son élève Simon, qu'elle lui propose de s'en servir pour une création théâtrale. Dès lors, Simon, qui avait perdu ses parents dans un accident de voiture, prétend qu'il est le fils du couple évoqué dans l'article. Sa nouvelle identité ne manque pas de déchaîner les passions, surtout dans les forums de discussion sur internet, où son histoire est perçue comme de la réalité.
La critique
Par Tootpadu 02/04/2009
Rapidement, la narration brouille les repères temporels. Très loin d'une linéarité ennuyeuse, mais également opposée aux dispositifs scénaristiques conventionnels, elle procède à un travail astucieux d'envoûtement du spectateur. En quelque sorte, c'est avec ce dernier que commence la démarche de perte des certitudes et de la distinction de ce qui est vrai ou faux. Avant que le projet de la prof ne devienne clair, l'identité de Simon reste dans le flou, comme une invention fictive, perdue quelque part dans les limbes, entre la reconstitution de la scène à l'aéroport et l'enregistrement du testament oral du grand-père mourant. En toute logique, la transmission des informations passe déjà par des artifices visuels, comme pour mieux occulter la frontière théorique entre l'être et le paraître.
Car l'autre grand thème du film est la construction d'un passé personnel, qui contiendra forcément quelques aspects fictifs. En fait, Simon ne s'engage dans le mensonge identitaire que pour mieux s'approprier sa propre histoire familiale trouble. Sa démarche relève à la fois de l'exorcisme du doute sur la culpabilité de son père et de l'empressement d'en savoir plus sur cette figure essentielle qu'est le géniteur, dont son oncle Tom n'est au mieux qu'un reflet fade et frustré. Cette identité personnelle, Simon se la construit de plusieurs manières différentes : en participant aux discussions virtuelles dont il peut être l'observateur ou l'intervenant, ou en interrogeant les vestiges de son environnement familial, en l'occurence son oncle et le spectre de son grand-père par le biais de la vidéo, sur leur capacité de lui révéler l'identité intrinsèque de son père, tel qu'il était ou au moins tel que Simon aurait aimé qu'il soit.
Ce ne sont là que quelques pistes de réflexion d'un film, qui sait admirablement bousculer nos habitudes de perception et de réception, sans en faire tout un pamphlet sur le danger des réalités virtuelles. En cela, Atom Egoyan est suffisamment conscient de l'évolution des choses pour ne pas prétendre à pouvoir les changer. Son rôle est plutôt celui d'un observateur ingénieux, qui sait brillamment relever les implications de ces nouvelles technologies et de cet état d'esprit de paranoïa terroriste.
Vu le 1er avril 2009, au Club Marbeuf, en VO