Voyage de Lucia (Le)

Réalisé par Stefano Pasetto (2011)

Drame
Voyage de Lucia (Le)
Durée 98 minutes
Sortie 03/08/2011
Note 6/10

Lucia et Lea sont deux femmes que tout sépare : alors que la première, une hôtesse de l’air, mène une vie rangée auprès de son mari, la deuxième, temporairement employée dans un abattoir de poulets, rêve de partir de Buenos Aires pour étudier la faune sauvage en Patagonie. Suite à une fausse couche, Lucia est au bord de la dépression. Pour reprendre goût à la vie, elle décide de changer d’activité et de donner à nouveau des leçons de piano. Sa deuxième élève est Lea, dont le caractère désinvolte et l’esprit libre ne manqueront pas d’ouvrir de nouveaux horizons à Lucia.

La critique

Par Tootpadu 04/07/2011

Mis bout à bout, les éléments successifs de ce film italo-argentin pourraient aisément constituer un condensé soporifique des ingrédients essentiels du mélodrame. De la maladie à l’attirance homosexuelle qui se manifeste d’une façon inattendue, en passant par la tromperie extra-conjugale et quelques pulsions suicidaires, aucun poncif potentiel ne manque pour émouvoir artificiellement le spectateur. Grâce à la mise en scène sobre et délicate de Stefano Pasetto, l’histoire du Voyage de Lucia se déroule cependant avec une aisance narrative, qui dément presque complètement l’appréhension que le synopsis du film aurait pu vous inspirer.
Le récit évite en effet adroitement les pièges du scénario, qui risquaient de détourner le film vers une resucée métissée entre Quatre minutes de Chris Kraus et Le Secret de Brokeback Mountain de Ang Lee. Alors qu’il est inutile d’insister sur le parfum écœurant qu’un tel mélange hétéroclite aurait pu adopter, il convient cependant de souligner notre enchantement face au ton jamais tout à fait prévisible du film. En dépit d’une finalité clairement établie dès le départ – et pourtant pas entièrement atteinte lors de la conclusion en demi-teinte –, qui devrait culminer dans une leçon de vie édifiante et pour le personnage névrosé, et pour son pendant loufoque, le deuxième film du réalisateur sait constamment dépasser nos attentes.
Ainsi, Lucia et Lea mettront un certain temps avant de se rencontrer, sans que cette mise en parallèle de deux existences au mieux complémentaires ne prenne jamais une allure ennuyeusement schématique. De même, les cours de piano sont essentiellement un prétexte secondaire pour exacerber cette opposition entre deux états d’esprit a priori dépourvus de points en commun, ce qui implique que Lea ne deviendra point une musicienne virtuose grâce à l’enseignement rigoureux de son aînée. Enfin, l’affaire passionnelle entre les deux femmes ne prend guère l’aspect d’un épanouissement sexuel et émotionnel de penchants trop longtemps ignorés, comme cela a pu être le cas pendant la vague d’œuvres filmiques sensiblement plus revendicatives, d’un point de vue gay et lesbien, des années 1990.
Portée par les interprétations plus que convaincantes de Sandra Ceccarelli et Francesca Inaudi, cette histoire au féminin respire une liberté, et malgré tout une joie de vivre, qui n’ont pas forcément été la norme ces dernières années dans le cinéma argentin, plus austère. Même si le côté italien de l’intrigue paraît quelque peu arbitraire, surtout puisque le scénario ne précise jamais ce qui a amené ces deux femmes en Argentine, la relation entre ces deux personnages complexes sonne juste précisément parce qu’ils ont su préserver une part d’ombre et de mystère.

Vu le 27 juin 2011, à la Salle Pathé Lincoln, en VO

★★★★★★☆☆☆☆ 6/10

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