Armée du crime (L')
Réalisé par Robert Guédiguian (2009)
| Durée | 139 minutes |
| Sortie | 16/09/2009 |
| Note | 6/10 |
En 1941, l'activiste communiste et poète d'origine arménienne Missak Manouchian est arrêté à Paris par la police française, sur ordre de l'occupant allemand. Libéré peu de temps après, contre une déclaration sur l'honneur qu'il n'appartient pas au parti communiste, Manouchian est contacté ensuite par les dirigeants clandestins de ce dernier. Son objectif : former un groupe paramilitaire qui commettra des attentats ciblés contre les troupes nazies à Paris. Manouchian rassemble alors autour de lui des résistants communistes, pour la plupart d'origine étrangère, ainsi que des juifs qui ont pu échapper aux rafles successives de la police française.
La critique
Par Tootpadu 23/06/2009
Effectivement, le réalisateur marseillais ne dispose pas de la même envergure cinématographique que Jean-Pierre Melville, par exemple, dont L'Armée des ombres reste sans conteste la référence des films sur la Résistance. Néanmoins, à sa façon plus modeste, il participe à la tâche vitale du souvenir, à la fois des victimes et des bourreaux. Son film se démarque ainsi par un refus du pathos et un ton réaliste, qui soulignent admirablement à quel point l'engagement dans la guérilla contre les Allemands n'était pas un conte héroïque, mais plutôt un jeu fataliste avec la mort, sans la moindre garantie de réussite. C'était le solide bagage idéaliste des activistes communistes qui les faisait continuer la lutte et avancer, au lieu d'une expertise notable dans l'art de la guerre, comme le démontre la séquence ironique de l'attentat manqué contre le bordel.
Pendant la longue partie initiale du film, qui suit immédiatement l'annonce de la mort d'à peu près tous les personnages résistants, le scénario s'attarde sur les motivations de chacun et le contexte social sur lequel s'appuie leur engagement. Ce choix narratif s'avère en fin de compte payant, puisqu'il établit une richesse humaine pour chaque personnage, qui rend les différentes formes d'exécution et de mutilation d'autant plus éprouvantes. Là encore, Robert Guédiguian opte plutôt pour une sobriété formelle, qui renforce encore l'impact de ces atrocités insoutenables. Par ailleurs, le rôle plus que douteux de la police française dans la persécution des opposants de tous bords au régime nazie n'est nullement occulté ici. Il constitue en quelque sorte la face abjecte de la nature humaine, personnifiée par l'inspecteur Pujol, à l'opposé de l'idéalisme vaillant et condamné d'avance des jeunes résistants.
Vu le 22 juin 2009, au Club de l'Etoile