Aliker

Réalisé par Guy Deslauriers (2009)

Biographie filmique
Aliker
Durée 113 minutes
Sortie 03/06/2009
Note 5/10

En Martinique, qui fait encore partie des colonies françaises en 1930, le commerçant et vétéran de la Première Guerre mondiale André Aliker prend la direction du petit journal "Justice", suite à l'insistance de ses camarades du groupe communiste Jean Jaurès. Les militants espèrent ainsi redonner du souffle à leur publication, pour soutenir leur travail syndical auprès des différentes professions exploitées sur l'île. Mais Aliker mène le combat plus loin, puisqu'il s'attaque de front aux directeurs véreux des usines et des plantations.

La critique

Par Tootpadu 08/04/2009

En règle générale, mieux vaut tenir compte de trois variables primordiales avant d'évoquer la vie d'une personne célèbre au cinéma : le caractère exceptionnel de l'existence du héros, qui est censé inspirer, voire galvaniser, les spectateurs par ses qualités; le talent de l'acteur ou de l'actrice qui va incarner le protagoniste et déclencher par la même occasion le processus d'identification et d'admiration; et enfin, la façon dont les événements marquants sont contés pour rentrer dans une perspective de narration singulière.
Cette co-production franco-martiniquaise répond le plus favorablement à la première de ces exigences, puisque le sort méconnu d'André Aliker y trouve une vitrine valorisante. Il n'est hélas guère étonnant que l'histoire de ce journaliste téméraire ne soit pas plus largement répandue dans une République française, contre les dérives de laquelle ce communiste convaincu s'est battu toute sa vie. Un homme d'exception, dont la réputation et le prestige ont encore grandi aux Antilles, après sa mort précoce et violente, André Aliker appartient à ces martyrs valeureux, dont le pouvoir en place préférerait taire l'existence. Que son histoire soit plus largement connue grâce à ce film est sans doute le plus grand accomplissement du réalisateur Guy Deslauriers et du scénariste Patrick Chamoiseau. Les autres aspects de leur film nous inspirent en effet des réserves plus sérieuses.
A commencer par l'interprétation de Stomy Bugsy dans le rôle titre. Aussi mignon soit-il, cet ancien rappeur ne nous a toujours pas convaincu de ses capacités dramatiques ! Son jeu ne paraît connaître qu'un seul mode : celui de la tension maximale, auquel sont sacrifiées les moindres occasions de sensibilité sincère ou d'ouverture du carcan de virilité dans lequel l'acteur s'enferme depuis toujours. Pas assez du fait que le jeu de Stomy Bugsy reste apparent à chaque instant, son appropriation du rôle laisse tout autant à désirer. Qu'il ne soit pas le seul dans ce cas, dans un cercle de cabotins, dont uniquement Lucien Jean-Baptiste se démarque positivement, ne suffit évidemment pas pour adoucir notre chagrin de voir un si bel homme donner une interprétation au mieux passable.
La mise en scène globalement banale n'est pas en reste. A quelques écarts oniriques près, elle transcrit sans passion, ni inspiration esthétique particulière, le parcours de son héros. Sa fidélité envers les conventions du genre va jusqu'à une concentration paresseuse des thèmes principaux de la vie d'Aliker, à savoir la peur, le conflit entre l'engagement militant et ses obligations familiales, ainsi que son intransigeance et son énergie inépuisable pour faire de son journal un colporteur de la vérité.

Vu le 8 avril 2009, au Club Marbeuf

★★★★★☆☆☆☆☆ 5/10

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