Gloss

Réalisé par Andrej Konchalovsky (2009)

Satire
Gloss
Durée 123 minutes
Sortie 25/02/2009
Note 5/10

A force de feuilleter les magazines de mode avec ses photos léchées de mannequins, Galia se met à rêver d'une carrière sur les podiums de Moscou. Elle quitte alors sa ville provinciale de Rostov pour tenter l'aventure dans la capitale. La rédactrice en chef de la revue "Beauty" l'y remet vite à sa place et le créateur de mode Mark l'apprécie plus pour ses talents de couturière que pour ses ambitions démesurées. Mais comme les filles de Rostov sont tenaces, Galia fera tout pour réaliser son rêve de fortune et de célébrité.

La critique

Par Tootpadu 21/01/2009

En Russie, plus que dans d'autres pays qui ont pu goûter depuis plus longtemps aux fruits empoisonnés du capitalisme, l'argent et ce qu'il est capable de faire, dans une société pauvre en garde-fous pour limiter son pouvoir, remplissent le rôle d'idéal universel. Tout le monde en rêve, la plupart en ont juste assez pour vivre frugalement, et les rares qui peuvent en dépenser sans compter sont traités comme des rois. Dans de telles circonstances, d'autres valeurs essentielles, comme la dignité humaine, la liberté de l'expression ou l'exercice sans entrave de la démocratie, passent forcément à l'arrière-plan. Autant dire que ce pays immense est profondément malade, ou corrompu c'est selon, et qu'il finira tôt ou tard par imploser. Mais on n'en est pas encore là et le nouveau film d'Andrej Konchalovsky, le premier en plus de cinq ans depuis La Maison des fous, peint plutôt un portrait au vitriol de cette société, qui idolâtre la beauté superficielle et la consommation.
Malheureusement, le réalisateur se prend régulièrement au piège de son propre sujet. D'une esthétique clinquante, qui culmine dans des transitions épileptiques et quelques effets de style aberrants, Gloss se fait trop souvent l'avocat du style de vie et de la philosophie opportuniste de son personnage principal. La vacuité abondante et l'immersion sans recul dans le monde factice de la mode opèrent par conséquent à l'encontre d'une mise en garde féroce contre l'excès d'ambitions matérialistes. Le regard satirique d'Andrej Konchalovsky produit certes quelques séquences savoureuses, comme la répétition du défilé. Mais dans l'ensemble, son film dénote par une inégalité de ton plutôt agaçante, en dépit d'une morale finale sauve, grâce au dernier plan, qui souligne le caractère éphémère de notre société de consommation accélérée.
Gloss est donc un ratage curieux, clairement moins euphorisant que le gentillet Le Diable s'habille en Prada de David Frankel, et d'un nihilisme moins conséquent que le conte cynique Showgirls de Paul Verhoeven.

Vu le 20 janvier 2009, à la Salle Pathé Lincoln, en VO

★★★★★☆☆☆☆☆ 5/10

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