Life during wartime
Réalisé par Todd Solondz (2010)
| Durée | 97 minutes |
| Sortie | 28/04/2010 |
| Note | 7/10 |
Déçue par la réhabilitation trop lente de son mari Allen, un ancien toxicomane et pervers, Joy part se ressourcer auprès de sa famille en Floride. Là-bas, la vie n'est toutefois pas aussi rose qu'il ne paraît, même si Trish, la soeur aînée de Joy, croit avoir retrouvé l'amour avec Harvey, un homme âgé et infiniment plus normal que son ex-mari Bill, un pédophile condamné à une longue peine de prison. Ce dernier vient justement d'être libéré. Il cherche à rentrer en contact avec sa famille, qui a préféré le considérer comme mort, plutôt que d'affronter la vérité insoutenable de son crime. Son jeune fils Timmy, qui s'apprête à célébrer sa bar-mitzvah, s'interroge alors sur la capacité de pardonner un acte aussi horrible.
La critique
Par Tootpadu 26/03/2010
Son atout principal pour parvenir à l'équilibre délicat entre le dégoût et le rire est une écriture sans faille, qui lui a par ailleurs valu le prix du Meilleur scénario au dernier festival de Venise. Rien que la première séquence du film, avant le générique, démontre avec panache et beaucoup de subtilité, comment le réalisateur permet au fruit défendu de s'immiscer sournoisement dans des situations et des conversations des plus banales. Joy et son mari Allen y sont assis dans un restaurant pour fêter leur anniversaire de mariage. Le découpage et l'état sentimental à fleur de peau des deux personnages nous laissent redouter que quelque chose cloche dans leur relation. La révélation pénible survient alors d'un élément extérieur, qui dévoile violemment et avec un sens aigu pour l'absurde les bases fragiles sur lesquelles leur couple repose tant bien que mal. Il y a quelque chose de profondément touchant, accompagné d'une ironie maléfique, dans la façon dont Todd Solondz nous introduit dans cet univers gangrené par la perversion, qui coïncide avec les retrouvailles indirectes avec la famille de son film antérieur Happiness. Par la suite, ce basculement entre la normalité et la déchéance devient le mode opératoire du film, au point de nous laisser constamment sur nos gardes, dans l'attente d'une nouvelle mise à nu impitoyable de la condition humaine.
Et Todd Solondz ne nous déçoit nullement, puisque son cinquième film est d'une pureté dans l'exécution et d'une assurance dans l'écriture simplement jubilatoires ! Life during wartime n'est certainement pas un film facile à regarder, ne serait-ce que pour son traitement une fois de plus ambigu de la pédophilie. Il réussit cependant haut la main à dresser un portrait révélateur et cinglant de l'état actuel de la société américaine, vue à travers le prisme moqueur mais guère distant de Todd Solondz. La guerre du titre, qui est également méntionnée par ci et par là dans le film, n'est pas exactement le conflit armé que les Etats-Unis mènent à l'étranger. Il s'agit davantage d'un mouvement d'infection insidieuse, qui a commencé depuis longtemps à saper les fondements de la culture américaine, écartelée artificiellement entre le puritanisme des pères fondateurs et une invitation constante au confort et à la consommation, deux valeurs phares du rêve américain qui laissent complètement de côté les instincts plus vils et par définition moins exemplaires de la nature humaine.
D'où le malaise existentiel qui se manifeste chez les personnages du film de manières diverses, mais toujours avec un renvoi subtil à ce que chacun d'entre eux est censé représenter dans le modèle idéalisé d'une société, où le pardon aurait encore un sens. Inutile alors de préciser qu'aucun des individus brisés du film n'est à la hauteur du rôle qu'on veut lui imposer, que ce soit celui du père de remplacement, de l'épouse fidèle en dépit des égarements de son mari, ou du fils qui est supposé vivre normalement avec un passé familial sérieusement compromis.
La brillance du propos et la richesse poétique de l'aspect visuel du film sont soutenues avec bravoure par des interprétations tout aussi excellentes. La distribution du film a certes un côté rétro, avec la réapparition de comédiens perdus de vue comme Ally Sheedy, Allison Janney, Paul Reubens, et Michael Lerner. Mais la cohésion de l'ensemble assure une impression générale de très haut niveau, de laquelle même le jeu toujours aussi magistral et dépourvu de vanité de Charlotte Rampling a du mal à se détacher.
Vu le 23 mars 2010, au Club Marbeuf, en VO