Darfour Du sable et des larmes
Réalisé par Paul Freedman (2008)
| Durée | 97 minutes |
| Sortie | 20/08/2008 |
| Note | 5/10 |
En 2003 a commencé le génocide au Darfour, la région occidentale du Soudan. Depuis, 400 000 morts et plus de cinq millions de réfugiés, hordés dans des camps insalubres au Tchad et au Darfour même, portent le témoignage d'une persécution systématique de la population non-arabe par les milices Janjawids, soutenues par le gouvernement central de Khartoum. Alors que le gouvernement américain se cache derrière un écran de fumée d'aide humanitaire et de condamnations verbales sans suite concrète, l'opinion publique prend progressivement conscience du génocide, qui a lieu en ce moment même sous nos yeux. Grâce au travail exemplaire du journaliste Nick Kristof, des activistes Samantha Power et John Prendergast, et de l'acteur George Clooney, des initiatives de contestation civique voient le jour à travers les Etats-Unis.
La critique
Par Tootpadu 14/08/2008
Après ces bonnes paroles, il faut toujours analyser ce documentaire engagé d'un point de vue filmique. Et là, le constat est tout de suite moins enflammé et gagné par une cause noble, décrite avec une lueur d'espoir qui ne pourrait être finalement qu'une chimère d'optimisme naïf. En dehors de la perspective très centrée sur les Etats-Unis, presque autant que sur le drame africain, et d'une structure laborieuse sans fil rouge, c'est surtout la forme à l'américaine qui nous a déconcertés. Encore passable comme une introduction au conflit, destiné à un public entièrement novice en la matière, Darfour Du sable et des larmes ne cherche guère à approfondir sa démarche au delà d'un coup de réveil nécessaire, mais passager.
L'insistance ininterrompue de la musique, qui accompagne chaque image, jusqu'à en évacuer toute sensation brute et immédiate, éloigne le spectateur de la dimension humaine du génocide, et de la simplicité de la perte humaine, qui devrait nous toucher droit au coeur, sans brouhaha tendancieux pour nous faire avaler la pilule. La force des documentaires marquants sur le génocide au Rwanda, comme Après - Un voyage dans le Rwanda de Denis Gheerbrant et Kigali Des images contre un massacre de Jean-Christophe Klotz, était justement que leur forme épurée laissait l'occasion à l'émotion de réellement prendre la mesure du désastre. Rien de tel ici, où le malheur des femmes violées et des familles sauvagement décimées est incorporé sans finesse dans le broyeur des bonnes intentions, propres à l'information "light".
Alors que la retenue de George Clooney, producteur et narrateur, mais pratiquement absent de l'image et du discours, peut surprendre agréablement, l'apparition à plusieurs reprises de Barack Obama, potentiellement le prochain président des Etats-Unis, relaye un discours interventionniste, que le politicien ne pourra pas forcément maintenir, une fois qu'il devra tenir compte des intérêts conflictuels de son pays.
Vu le 14 août 2008, au Metro, en VO