Après Un voyage dans le Rwanda

| Titre original: | Après Un voyage dans le Rwanda |
| Réalisateur: | Denis Gheerbrant |
| Sortie: | Cinéma |
| Durée: | 104 minutes |
| Date: | 26 janvier 2005 |
| Note: | |
Dix ans après le génocide rwandais, le cinéaste Denis Gheerbrant entreprend deux voyages en Afrique pour mieux comprendre les causes de cette tragédie et voir comment la vie s'est reconstruite depuis. Il y fait la connaissance du responsable d'un orphelinat qui lui servira de guide.
Critique de Tootpadu
Le but de ce documentaire exceptionnel n'est pas de retracer les atrocités qui ont marqué le génocide d'il y a dix ans. Il s'agit plutôt d'éclairer l'avant et l'après, de comprendre que ce crime contre l'humanité a pris son origine avec l'arrivée des missionnaires et des colonisateurs belges, et peut-être même avant, à travers la séparation ethnique et économique, et de chercher des traces fragiles de la vie renaissante parmi un peuple profondément traumatisé.
Même si le sujet en lui-même est de l'importance la plus brûlante, en notre temps qui décrète des minutes de silence pour tout genre de catastrophe, mais qui nie encore son influence et son inertie dans ce massacre sans mesure, ce qui nous a surtout interpellé est la démarche du réalisateur. Dès le début, avec cette voix off très douce, Gheerbrant s'impose comme un chercheur éclairé, qui entreprend ces voyages difficiles non pas pour s'apitoyer sur le sort des survivants, mais pour les observer, pour percer leur tristesse sans outil artificiel, afin de mieux comprendre. D'une intelligence et d'une lucidité qui n'ont rien de didactique, ni d'imposant, ses commentaires servent à recentrer son projet, à interroger ses trouvailles, qui débouchent bien plus souvent sur d'autres questions que sur des affirmations immuables. Probablement, cette démarche tatonnante et respectueuse est la meilleure pour commencer au moins à réaliser toutes les implications des événements. Elle ne s'impose jamais, mais elle sait saisir avec une précision impressionnante les ouvertures vers de nouvelles pistes.
Documentariste hors pair, Gheerbrant excelle également d'un point de vue cinématographique. Il émane en effet de ses images des survivants une poésie difficile à décrire, comme si elles soulignaient constamment le drame qui sommeille derrière ces visages. De même, elles affirment le malaise de compréhension, que ce soit à travers l'entretien d'un des assassins, ou ce mariage des anciens tortionnaires auquel assiste une des survivants.
Le génocide rwandais comporte encore bon nombre de mystères et de cauchemars. Espérons que les futures tentatives d'éclaircissement auront toutes la sensibilité et l'intérêt de ce documentaire remarquable !
Vu le 1er février 2005, à l'Espace Saint Michel, Salle 1
Note de Tootpadu: