Convois de la honte (Les)
Réalisé par Raphaël Delpard (2010)
| Durée | 105 minutes |
| Sortie | 10/03/2010 |
| Note | 6/10 |
Entre 1940 et '44, la SNCF a participé activement à la déportation de plus de 140 000 juifs, tziganes et résistants. Sous l'occupation allemande, l'entreprise ferroviaire ne s'est point insurgée contre la politique de purification raciale orchestrée à grande échelle par Adolf Hitler. Au contraire, ses fonctionnaires ont assuré un transport sans encombre des prisonniers, prenant même l'initiative de les enfermer dans des wagons à bestiaux. Alors que le grand soulèvement des cheminots avant la libération, colporté dans La Bataille du rail relève du mythe, la reconnaissance de la responsabilité de la société nationale dans les convois vers les camps d'extermination tarde à se concrétiser même de nos jours.
La critique
Par Tootpadu 07/03/2010
Toutefois, dans le traitement de l'Histoire - et à plus forte raison lorsqu'il s'agit d'un chapitre aussi peu commode que la collaboration -, ce n'est pas l'envergure de l'entreprise et les moyens mis en oeuvre pour sa réalisation qui importent, mais la sincérité et la véracité de la recherche scientifique. Vues sous cet angle-là, ces deux leçons d'histoire cinématographiques ne sont pas entièrement exempts de reproches, puisque l'aventure romancée et émotionnellement surchargée de la fiction évolue sans doute aussi loin de la réalité que le discours revendicateur du documentaire. Il n'empêche que le pamphlet de Raphaël Delpard, contestataire d'une lecture du passé décrétée d'en haut de la pyramide du pouvoir, nous présente une vision différente de faits historiques peu glorieux pour l'honneur de la patrie.
L'argumentation des Convois de la honte n'est pas toujours construite d'une manière captivante. Et certains des intervenants ont sérieusement tendance à s'éparpiller ou à se répéter. De même, le motif récurrent des croisements des rails, employé pour donner un certain rythme au documentaire et la pauvreté des séquences reconstituées, montrées encore et encore pour étayer le discours en voix off, ne le rendent pas forcément plus attrayant d'un point de vue visuel. Néanmoins, le réalisateur soutient sans la moindre hésitation un discours en marge de l'Histoire officielle. Il se fait ainsi, avec les moyens limités qui sont à sa disposition, l'avocat des dizaines de milliers de victimes évacuées soigneusement et sans état d'âme par la SNCF.
Car aussi fascinants les récits des témoins de l'époque ou des scientifiques soient-ils parfois, rien ne vaut l'impact émotionnel de l'intervention de la déportée Francine Christophe. Très sobrement, elle nous rappelle pourquoi il est essentiel de ne pas oublier, ni occulter les horreurs du passé. Surtout lorsque l'indifférence de l'immense majorité des Français avait permis le déroulement d'une opération aussi abjecte que le transport comme des bêtes d'individus innocents vers une mort pas moins cruelle.
Vu le 1er mars 2010, au Club de l'Etoile