Tête d'or
Réalisé par Gilles Blanchard (2007)
Drame carcéral
| Durée | 97 minutes |
| Sortie | 07/11/2007 |
| Note | 6/10 |
Le réalisateur Gilles Blanchard s'est rendu au Centre Pénitentiaire de Ploemeur, en compagnie de l'actrice Béatrice Dalle, pour y monter la pièce de Paul Claudel, "Tête d'or". 26 détenus interprètent les personnages de ce drame autour de Simon Agnel, un jeune idéaliste, qui devient roi sous le nom de Tête d'or.
La critique
Par Tootpadu 26/10/2007
Quelle expérience poétique que cette confrontation improbable entre le texte littéraire de Claudel et l'environnement lugubre de la prison ! Dans la lignée de L'Esquive, qui ramenait Marivaux en banlieue, et comme un mélange curieux entre les univers de 9 m² pour deux et Les Amours d'Astrée et de Céladon, ce premier long-métrage du metteur en scène de théâtre Gilles Blanchard vit de l'attraction des opposés.
Ce n'est pas tellement le contenu du flux quasiment ininterrompu des paroles de Paul Claudel qui importe ici, mais le ton particulier qui naît du décalage entre son style ancien et les acteurs non-professionels qui l'interprètent. Contre toute attente, ces hommes emprisonnés dégagent une certaine sensualité, loin des clichés d'une "racaille" sauvage. Leur appropriation du texte est certes particulière, tellement l'intonation monotone est inhabituelle, mais leur jeu brut respire un engagemet et une authenticité, auxquels on n'arriverait sans doute pas avec des comédiens professionnels. Ces hommes épuisés par la monotonie carcérale s'imposent ainsi principalement par leur présence physique, par ces tatouages innombrables et ces tronches désabusées, qui voient cependant dans ce projet inattendu une façon de créer quelque chose au sein d'un environnement destructeur.
Mise à part l'inclusion du décor de la prison, avec ses barres de fer, ses barbelés et ses espaces exigus, le réalisateur procède également à une mise en abîme directe et concise de son dispositif. Les rares moments hors du texte, comme Béatrice Dalle qui s'en va, l'acteur principal qui analyse son personnage ou tout simplement les plans pris depuis le couloir où la vie carcérale continue en fond sonore, prennent alors la forme de bulles de respiration révélatrices d'une réalité, plus banale et moins poétique que cette expérience fascinante dans un milieu en marge de la société.
Ce n'est pas tellement le contenu du flux quasiment ininterrompu des paroles de Paul Claudel qui importe ici, mais le ton particulier qui naît du décalage entre son style ancien et les acteurs non-professionels qui l'interprètent. Contre toute attente, ces hommes emprisonnés dégagent une certaine sensualité, loin des clichés d'une "racaille" sauvage. Leur appropriation du texte est certes particulière, tellement l'intonation monotone est inhabituelle, mais leur jeu brut respire un engagemet et une authenticité, auxquels on n'arriverait sans doute pas avec des comédiens professionnels. Ces hommes épuisés par la monotonie carcérale s'imposent ainsi principalement par leur présence physique, par ces tatouages innombrables et ces tronches désabusées, qui voient cependant dans ce projet inattendu une façon de créer quelque chose au sein d'un environnement destructeur.
Mise à part l'inclusion du décor de la prison, avec ses barres de fer, ses barbelés et ses espaces exigus, le réalisateur procède également à une mise en abîme directe et concise de son dispositif. Les rares moments hors du texte, comme Béatrice Dalle qui s'en va, l'acteur principal qui analyse son personnage ou tout simplement les plans pris depuis le couloir où la vie carcérale continue en fond sonore, prennent alors la forme de bulles de respiration révélatrices d'une réalité, plus banale et moins poétique que cette expérience fascinante dans un milieu en marge de la société.
Vu le 26 octobre 2007, au Club Marbeuf
★★★★★★☆☆☆☆
6/10