Ile du bout du monde (L')
Réalisé par Edmond T. Gréville (1959)
| Durée | 105 minutes |
| Sortie | 08/03/1959 |
| Note | 6/10 |
Le journaliste français Patrick et trois femmes, deux infirmières, une anglaise et l'autre italienne, et une secrétaire canadienne, sont les seuls survivants du naufrage d'un bateau de la croix rouge au sud de l'Australie. Sur leur rafiot de secours, ils arrivent à atteindre une petite île déserte, loin des routes navales. Alors que Patrick promet au début d'être galant avec les femmes, il ne peut pas résister aux avances de l'une ou de l'autre au fil du temps. La jalousie rend la vie paisible sur l'île impossible.
La critique
Par Tootpadu 25/05/2006
L’Île du bout du monde est plus une étude malicieuse sur l’impossibilité de la vie en société close qu’un film de pornographie douce. En tant que récit de la guerre des sexes sur une île déserte, il réussit largement plus son pari risqué que le Vers un destin insolite … de Lina Wertmüller, refait récemment comme une bouse avec Madonna. Si l’attirance sexuelle est ici le déclencheur des affrontements, elle n’est en fin de compte qu’une des manifestations des tensions qui s’accumulent entre les survivants. Dans un équilibre social aussi instable que le leur, il suffit d’un coup de pulsion ou d’un seul membre dégénéré de la chaîne pour précipiter tout l’édifice vers sa chute. Alors que les contenances morales se décomposent, toutes les femmes succombent à l’attraction sexuelle de l’homme qui, lui, n’est pas non plus maître de son harem officieux. Car le libertinage raisonnable cache avant tout l’incapacité de l’homme de se soustraire aux avances des femmes, qu’il sait pourtant empoisonnées. La fin reflète d’ailleurs assez curieusement cette impuissance mentale et sociale de l’homme, qui reste au bout du monde et au bout du compte seul parce qu’il n’a pas su prendre le rôle du coq dominant.
Pour son conte subversif, Edmond T. Gréville fait confiance à l’érotisme sulfureux de son histoire et à la force brute de son décor naturel. Il réussit ainsi l’acte d’équilibriste délicat d’éviter à la fois la débauche improbable (tout le monde couche avec tout le monde) et le discours social plombant. Et il sait clore sa guerre des sexes parfois déchaînée sur une note plus méditative, à l’opposée de quelques éléments malgré tout bien dans l’air du temps d’un cinéma français très populaire. Enfin, la musique intrigue moins par son efficacité irréprochable que par la composition improbable de ses auteurs, parmi lesquels on trouve Charles Aznavour et Eddie Barclay.
Vu le 24 mai 2006, à la Cinémathèque Française, Salle Henri Langlois