Devil's Rejects (The)

Réalisé par Rob Zombie (2006)

Horreur
Devil's Rejects (The)
Durée 108 minutes
Sortie 19/07/2006
Note 7/10

Le shérif Wydell n'a plus qu'une seule ambition : traduire en justice la famille Firefly, des tueurs en série cruels que l'on surnomme les "rejetons du diable" et qui ont sauvagement assassiné le frère du shérif. Mais le piège qu'il leur tend sur leur ranch reculé est un échec sanglant, puisque le fils du clan Otis et sa soeur Baby réussissent à s'échapper. Les deux rescapés vont retrouver leur père, capitaine Spaulding, un clown inquiétant, dans un motel isolé où ils continueront leurs massacres abjects.

La critique

Par Tootpadu 20/06/2006

Les années 1970 ont décidément le vent en poupe ces temps-ci sur les écrans de cinéma. Outre les documentaires sur quelques mouvements ou films marquants de l'époque (comme Midnight Movies) et une redécouverte des road movies dans le domaine des reprises (comme Point limite zéro), ce sont surtout les films d'horreur cultes qui sont remis au goût du jour dans une série apparemment interminable de remakes (dont le dernier en date est La Colline a des yeux). La démarche du réalisateur Rob Zombie est sensiblement différente, car il s'inspire du style filmique des années 1970 pour créer une oeuvre à la forme ancienne et au fond plus contemporain.
Avec ses arrêts sur image qui ponctuent efficacement le générique et ses effets de diapositive pour passer d'une séquence à une autre, le film prend fermement racine au sein du vocabulaire cinématographique de la décennie au cours de laquelle son intrigue se déroule. Ce retour en arrière est si bluffant que l'on se croirait réellement face à une de ces oeuvres imprévisibles et à l'expression libre qui caractérisent une des époques les plus foisonnantes et fascinantes de l'histoire du cinéma. Pourtant, Zombie ne prend jamais la pose de l'hommage appuyé et en fin de compte un peu gratuite, comme le faisait Alexandre Aja dans son film cité plus haut. Non, le réalisateur va jusqu'à percer les particularités d'une expression figée dans le temps et il se l'approprie avec une aisance et une assurance impressionnantes. The Devil's Rejects perd par conséquent toute marque contemporaine, dans la forme, ce qui laisse supposer un vieillissement imperceptible de ce film de toute façon prédestiné à de nombreux visionnages dans le futur.
L'astuce magistrale et en même temps éprouvante du film se trouve cependant dans la noirceur de son propos. Depuis les Tueurs nés d'Oliver Stone, tout de même déjà vieux de 12 ans, nous n'avons pas vu un film aussi jouissivement cynique. L'ambition de critique des médias en moins, le film de Rob Zombie ne s'arrête devant aucune cruauté, devant aucun rebondissement qui cultive un mauvais goût à la fois animé par des choix esthétiques fermes et une dimension réaliste plutôt inquiétante. Cette descente aux enfers est aussi intense parce qu'elle ne cherche pas l'effet de trop, mais parce qu'elle s'adonne corps et âme au caractère maléfique de tous ses personnages. Le portrait du mal dans la nature humaine n'a en effet rarement été aussi saisissant, tout en restant fortement divertissant et riche en moments de pure grâce cinématographique (les massacres sublimés tristement par une bande son musicale).

Vu le 20 juin 2006, au Metro, en VO

★★★★★★★☆☆☆ 7/10

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