Vie passionnée de Vincent Van Gogh (La)

Réalisé par Vincente Minnelli (1957)

Drame
Vie passionnée de Vincent Van Gogh (La)
Durée 122 minutes
Sortie 01/01/1957
Note 6/10

La vie du célèbre peintre Vincent Van Gogh, de ses débuts comme pasteur des mineurs, en passant par sa déception amoureuse avec sa cousine, les années passées à Paris et Arles, jusqu'à sa fin dans l'asile et à Auvers.

La critique

Par Tootpadu 04/12/2004

Rendre compte de l'acte de la peinture au cinéma n'est pas toujours une tâche facile, et même dans la plupart des cas guère concluante. Alors que des biographies filmiques de peintres célèbres ont pullulé ces dernières années (avec les exemples les plus prestigieux Frida et Pollock, mais il y en a bon nombre d'autres), la vie de l'artiste le plus adulé et le plus coté d'entre tous avait davantage monopolisé l'intérêt, il y a une bonne décennie de cela, avec les oeuvres de Pialat et Altman. Bien longtemps avant eux, c'est Vincente Minnelli qui s'était attaqué à cette existence tourmentée. Profitant des nouvelles libertés du tournage en extérieur, sur les lieux mêmes de la vie du peintre, et du concours de nombreuses institutions, amplement remerciées dans les génériques de début et de fin, comment ce maître de la comédie musicale s'en est-il sorti avec cette histoire sombre et dépressive ?
A vrai dire, nous ressortons avec un avis partagé de cette projection d'une copie restaurée de toute beauté : autant les intentions semblent sincères et le savoir faire irréprochable, autant le film reste trop souvent engoncé dans les conventions de son époque, dont il est néanmoins un produit de qualité. Le scénario insiste évidemment sur les aspects de la vie de Van Gogh qui font désormais partie de la culture générale, comme sa relation très proche, financièrement dépendante, avec son frère Théo, ses accès de folie et ses rencontres avec d'autres artistes de son temps. En commençant le film par son engagement en tant que missionnaire, l'accent est en plus mis sur un des thèmes forts de l'oeuvre : la recherche perpétuelle de l'homme tourmenté de trouver sa voie et son accomplissement. Le fait de voir ce fils de père également pasteur se retourner contre l'hypocrisie du clergé lui apporte en plus un capital de sympathie de la part du spectateur, dont il aura bien besoin, une fois cette rébellion entièrement mise au service de l'art. Car les efforts réguliers de faire apparaître Vincent comme un être perturbé, mais bienveillant - soit par la voix off récurrente, soit par ses discours attendrissants et en défense de l'art - ne peuvent pas cacher les affres de son caractère, bêtement invivable. En somme, le héros du film peut se permettre de paraître au pire comme un pauvre incompris, mais le côté insoutenable de sa tragédie existentielle doit rester hors champ, tout comme ses deux actes de mutilation.
Ce frein qui empêche d'aller au delà d'un certain point admissible se retrouve en quelque sorte dans le traitement stylistique. Soumis aux exigences du CinémaScope, un procédé encore récent à l'époque, Minnelli privilégie en effet les plans d'ensemble qui ressemblent davantage à la peinture d'avant Van Gogh qu'à la libération des formes que celui-ci avait opérée. De même, l'intégration de quelques tableaux du maître se fait de façon répétitive, ne donnant pratiquement jamais un sentiment d'éblouissement ou de surprise. Cet académisme se retrouve dans la direction d'acteur qui débouche sur des excès maîtrisés (Douglas), un jeu agréablement restreint (Quinn) ou bien des interprétations en guise de faire-valoir. Enfin, la musique omniprésente de Miklos Rozsa fonctionnerait sans doute mieux dans une épopée, que dans le portrait, qui se veut parfois intimiste, d'un artiste solitaire.
Un bon film hollywoodien des années 1950, qui montre simultanément les atouts et les limitations de cette époque, mais qui est très loin de faire sentir l'acte de la création picturale comme peu d'oeuvres cinématographiques ont su le faire (La Belle noiseuse pour ne nommer qu'elle).

Vu le 4 décembre 2004, au Mac Mahon, en VO

★★★★★★☆☆☆☆ 6/10

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