Madame Solario
Réalisé par René Féret (2012)
Drame
| Durée | 95 minutes |
| Sortie | 22/08/2012 |
| Note | 6/10 |
A la fin de l’été 1906, des aristocrates français et anglais se prélassent en villégiature autour du Lac de Côme. Les pensionnaires de l’hôtel de luxe tombent tous sous le charme de la belle Madame Solario, une jeune femme au passé mystérieux. Quand Eugène, son frère, débarque également à l’improviste, tout ce beau monde, à la base sophistiqué et attaché aux bonnes mœurs, est pris dans un engrenage de pulsions passionnelles et de calculs machiavéliques.
La critique
Par Tootpadu 25/07/2012
Cinq ans séparent l’action de ce film somptueux de celle du chef-d’œuvre de Luchino Visconti, Mort à Venise. Ce décalage pourrait paraître anodin, si ce n’était que la décadence a atteint un niveau pestilentiel dans l’adaptation de Thomas Mann, tandis qu’elle est encore presque à l’état embryonnaire dans celle que le réalisateur René Féret, un des derniers francs-tireurs indépendants du cinéma français, entreprend du roman de Gladys Huntington. L’ambiance feutrée et très à cheval sur l’observation des codes sociaux y subit les premières secousses, qui annoncent d’ores et déjà la fin d’une époque, consommée moins de dix ans plus tard avec l’avènement de la guerre.
En attendant, tout n’est que luxe et volupté mesurée autour du Lac de Côme, à l’eau moins stagnante et putride que celle des lagunes vénitiennes, dont le rôle est avant tout celui d’une échappatoire des regards indiscrets qui épient les moindres écarts de conduite. Madame Solario est un objet des désirs guère plus innocent que Tadzio, puisqu’elle déchaîne les passions à travers les générations, du jeune lord anglais au vieux duc décharné. Elle mène par contre un petit jeu bien plus perfide que l’éphèbe à l’apparence angélique. Alors que ce dernier s’inscrit dans le champ abstrait du fantasme éthéré, son pendant féminin et tout juste adulte a déjà assez souffert pour savoir adroitement manipuler les hommes.
L’ambiguïté de son dessein fait toute la subtilité de Madame Solario, un film au style sobre qui accomplit néanmoins un voyage dans le passé, aussi dépaysant que fascinant. Derrière des traits qui ne justifient franchement pas cet engouement d’un bataillon d’amoureux étourdis – en tout cas pas selon les règles qui déterminent de nos jours la beauté physique – se cache chez elle le genre de nihilisme auquel son frère, plus impétueux et aussi fourbe, ne s’est pas encore complètement rendu. En ce sens, ceci est le récit d’une défaite inéluctable et répétée à l’infini, d’un jeu du chat et de la souris sans gagnant. L’unique personnage assez lucide pour comprendre les rouages de cette mascarade à l’élan destructeur est le médecin, dont personne ne veut bien sûr entendre les avertissements contre l’influence néfaste du couple au bord de l’inceste. Or, tout le faste et les bonnes manières s’avèrent insuffisants en tant que rempart contre leur venin, dont l’effet de désenchantement est, lui, étonnamment moderne.
En attendant, tout n’est que luxe et volupté mesurée autour du Lac de Côme, à l’eau moins stagnante et putride que celle des lagunes vénitiennes, dont le rôle est avant tout celui d’une échappatoire des regards indiscrets qui épient les moindres écarts de conduite. Madame Solario est un objet des désirs guère plus innocent que Tadzio, puisqu’elle déchaîne les passions à travers les générations, du jeune lord anglais au vieux duc décharné. Elle mène par contre un petit jeu bien plus perfide que l’éphèbe à l’apparence angélique. Alors que ce dernier s’inscrit dans le champ abstrait du fantasme éthéré, son pendant féminin et tout juste adulte a déjà assez souffert pour savoir adroitement manipuler les hommes.
L’ambiguïté de son dessein fait toute la subtilité de Madame Solario, un film au style sobre qui accomplit néanmoins un voyage dans le passé, aussi dépaysant que fascinant. Derrière des traits qui ne justifient franchement pas cet engouement d’un bataillon d’amoureux étourdis – en tout cas pas selon les règles qui déterminent de nos jours la beauté physique – se cache chez elle le genre de nihilisme auquel son frère, plus impétueux et aussi fourbe, ne s’est pas encore complètement rendu. En ce sens, ceci est le récit d’une défaite inéluctable et répétée à l’infini, d’un jeu du chat et de la souris sans gagnant. L’unique personnage assez lucide pour comprendre les rouages de cette mascarade à l’élan destructeur est le médecin, dont personne ne veut bien sûr entendre les avertissements contre l’influence néfaste du couple au bord de l’inceste. Or, tout le faste et les bonnes manières s’avèrent insuffisants en tant que rempart contre leur venin, dont l’effet de désenchantement est, lui, étonnamment moderne.
Vu le 24 juillet 2012, au Club de l'Etoile
★★★★★★☆☆☆☆
6/10