Ill manors

Réalisé par Ben Drew (2013)

Interdit aux moins de 12 ans, Drame
Ill manors
Durée 121 minutes
Sortie 03/04/2013
Note 6/10

Aaron et Ed, qui sont amis depuis qu’ils ont grandi ensemble en famille d’accueil, vendent des drogues dans un quartier populaire de Londres. Quand Ed est arrêté par la police, Aaron réussit à s’échapper avec la marchandise et le portable de son ami, qu’il laisse chez leur fournisseur Kirby. Une fois Ed libéré de sa garde à vue, il souhaite récupérer son téléphone que la prostituée et toxicomane Michelle a volé chez Kirby. Ce dernier, malmené par le caïd Chris qui travaillait autrefois pour lui, s’en prend à Marcell, le dealer ambitieux d’un autre quartier, qui jure de se venger avec l’aide de sa nouvelle recrue Jack.

La critique

Par Tootpadu 27/02/2013

Le narrateur du premier film du rappeur anglais Ben Drew ne plaisante pas quand il annonce d’entrée de jeu la couleur en nous conseillant de nous accrocher. Car au-delà de la densité de son vocabulaire filmique, Ill manors surprend surtout par la noirceur de son propos. Au rythme de quelques chansons aussi mélancoliques que percutantes, il conte les destins croisés d’une poignée de personnages dans une jungle urbaine particulièrement dépravée. Avant que les bons sentiments ne prennent le dessus in extremis, lors d’une conclusion dont le ton rassurant sonne assez faux, la misère sociale y est proprement insoutenable. Dans l’univers parallèle de la prostitution, des drogues et plus généralement du recours à la violence en toute circonstance, où la police ne s’égare que par erreur, chacun est animé par une forme d’égoïsme bestial, qui cherche à arnaquer, voire à exploiter sans scrupule celui ou celle qui est perçu comme plus faible, socialement, physiquement ou sinon au moins dans la hiérarchie sans merci du crime organisé.
Les moyens cinématographiques employés pour amorcer cette descente aux enfers dans un coin de l’Angleterre que tout le monde préfère oublier sont plutôt encombrants. De l’accéléré aux retours en arrière pour illustrer le passé peu glorieux des personnages, en passant par des formats complémentaires comme le faux film de famille ou les prises du téléphone portable, Ben Drew puise profondément dans la malle des dispositifs narratifs et esthétiques pour conférer un aperçu d’ensemble à peu près cohérent, mais surtout poignant à son film. Car ce que le récit n’atteindra jamais en termes de finesse et de subtilité, il le compense par une efficacité nerveuse entièrement en phase avec la précarité sociale qu’il décrit. Le rythme soutenu de la narration laisse une marge d’erreur minime à la fois aux personnages, pris dans l’engrenage d’une civilisation en chute libre, et au scénario qui multiplie les fils rouges sans jamais les entremêler.
Pendant longtemps, ce film britannique dresse donc le portrait cru d’un monde dont l’humanité et la compassion paraissent avoir disparu définitivement. Ce n’est qu’autour du narrateur Aaron que quelques vestiges timides d’altruisme sont préservés, hélas pour mieux engager un sursaut final salutaire, au lieu d’une désillusion totale sans doute plus réaliste. Si ce n’était pour cet ultime relâchement dans le ton marqué sinon par un pessimisme inconditionnel, le premier film de Ben Drew nous aurait davantage conquis par la démesure de son regard, sans concession côté social, ni retenue côté formel.

Vu le 25 février 2013, au Club de l'Etoile, en VO

★★★★★★☆☆☆☆ 6/10

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