Here I’m Alive

Réalisé par Joshua Z. Weinstein

Drame
Here I’m Alive
Avec Cheyenne Gallagher, Krystaly Figueroa, Eddie Torrenegra, Caleb Zuzga, Emira D’Spain
Durée 76 minutes
Sortie Date de sortie indéterminée
Note 7/10

Au cours d'une nuit à New York, des migrants, des travailleurs du sexe, des dreamers et des survivants parcourent les bas-fonds numériques de la ville, à la recherche de liens dans une société qui les maintient en marge.

La critique

Par Mulder 07/09/2026

Dans Here I’m Alive, New York n’est plus la métropole exaltante, faite de rencontres fortuites et de réinventions, célébrée par des générations de cinéastes. Elle est devenue un paysage de rectangles lumineux : des ordinateurs portables dans des chambres plongées dans la pénombre, des téléphones posés en équilibre sur des boîtes de plats à emporter, des fils d’actualité des réseaux sociaux promettant la célébrité et des applications de rencontre proposant l’intimité comme une simple transaction financière. De retour à la réalisation de longs métrages après Menashe (2017), le scénariste et réalisateur Joshua Z Weinstein observe cette nouvelle réalité urbaine avec la curiosité d’un documentariste et la mélancolie de quelqu’un qui voit une ville entière disparaître derrière ses écrans. Se déroulant principalement au cours d’une soirée, le film suit quatre New-Yorkais en situation de précarité financière dont les chemins se croisent sans jamais vraiment se rejoindre. Ils arpentent les mêmes rues bondées, utilisent les mêmes plateformes numériques et participent parfois aux mêmes transactions de l’économie des petits boulots, mais chacun reste enfermé dans un système personnel d’angoisses et d’aspirations. Il en résulte une œuvre de docufiction concise et pleine de compassion qui transforme la dépendance technologique, d’un sujet de plainte sociale familier, en quelque chose de plus troublant : une condition à travers laquelle les gens vivent désormais le travail, le désir, l’amitié et même la survie.

Le film s’ouvre sur une juxtaposition ingénieusement amère. Le capital-risqueur Marc Andreessen apparaît dans une vidéo en ligne de mauvaise qualité, présentant sa vision du progrès technologique, tandis qu’ailleurs, sur le même ordinateur, des messages suicidaires s’accumulent sur Discord. L’écran appartient à Majora, incarnée avec une douceur désarmante par Cheyenne Gallagher, une gameuse agoraphobe qui quitte rarement son appartement baigné de lumières LED et de la lueur de plusieurs écrans. Majora incarne la contradiction centrale du film : la technologie a contribué à isoler cette personne du monde physique, mais elle lui a également fourni les moyens de prendre soin de personnes qui, sans cela, n’auraient peut-être personne. Au cours de la nuit, Majora tente d’empêcher un jeune homme en détresse, interprété par Alex Fox, de se faire du mal, transformant ainsi une conversation à distance en l’intrigue dramatique la plus pressante du film. Il y a quelque chose de discrètement émouvant à voir une personne incapable de franchir le seuil de son appartement tenter d’entrer en contact avec une autre personne à l’autre bout de la ville. Joshua Z Weinstein refuse de considérer ces relations en ligne comme factices ; au contraire, il se demande si une présence numérique imparfaite ne serait pas parfois la seule présence possible. Majora est peut-être prisonnière de son écran, mais l’empathie qu’elle offre à travers celui-ci est bien réelle.

Cette tension entre humiliation et autonomisation façonne également l’histoire de Krystaly, incarnée avec un charisme spontané par Krystaly Figueroa. Vivant dans un foyer d’accueil pour femmes et travaillant chez Target, elle rêve de créer une émission de rencontres diffusée en direct, dans laquelle des partenaires potentiels passeraient des auditions pour obtenir son approbation. Cette idée relève à la fois de l’ambition entrepreneuriale, du fantasme de la télé-réalité et d’un renversement psychologique. Lors de ses entretiens avec les travailleurs sociaux, Krystaly doit s’expliquer et se défendre face à des institutions qui détiennent le pouvoir sur son avenir ; dès que le téléphone commence à enregistrer, cependant, c’est elle qui contrôle le cadre, choisit qui peut y entrer et détermine comment les autres seront jugés. Son autorité est authentique mais précaire, elle ne dure que le temps de la diffusion en direct et est vulnérable à l’intervention indésirable du monde physique. La réflexion du film est que les réseaux sociaux ne se contentent pas de dissimuler la pauvreté sous un voile de glamour ; ils permettent à une personne n’ayant pratiquement aucune influence conventionnelle de se construire une scène éphémère sur laquelle le rang social peut être réécrit. Krystaly Figueroa comprend instinctivement cette mise en scène, et sa présence à l’écran, sans artifice, offre au film certains de ses moments les plus vivants et les plus révélateurs.

Une version plus troublante de la réinvention de soi apparaît dans Felix, incarnée par Caleb Zuzga, un jeune homme gay à la recherche d’un mécène plus âgé et fortuné capable de financer les interventions esthétiques qui, selon lui, transformeront ses perspectives d’avenir. Les injections dans les lèvres et les produits de comblement du visage deviennent des investissements dans un avenir imaginaire, comme si une mâchoire parfaitement dessinée pouvait lui ouvrir les portes d’une existence qui lui serait autrement inaccessible. Un dîner avec un sugar daddy potentiel donne lieu à l’un des échanges les plus incisifs du film, lorsque l’homme plus âgé met en évidence la faille du plan de Felix : obtenir l’apparence souhaitée coûte cher, mais l’entretenir nécessitera des moyens financiers illimités. Cette remarque met à nu la cruelle logique commerciale qui sous-tend le fantasme de Felix. Il souhaite modifier son visage pour attirer la personne capable de payer pour que cette modification se poursuive, créant ainsi un cercle vicieux parfait d’insécurité. Pourtant, Joshua Z. Weinstein ne se moque pas de lui. Le raisonnement de Félix est naïf, mais il n’est pas entièrement irrationnel dans une culture où l’attention est devenue une monnaie d’échange et où l’apparence physique semble pouvoir se convertir en abonnés, en accès privilégiés et en sécurité financière. Son rêve est à la fois absurde, triste et suffisamment plausible pour rester séduisant.

Le personnage le plus actif physiquement de la soirée est Eddie, un livreur migrant vénézuélien interprété par Eddie Torrenegra, que Joshua Z Weinstein aurait découvert alors qu’il travaillait dans un Chick-fil-A de l’Atlantic Center, à Brooklyn. Alors que les autres personnages restent confinés dans leurs appartements, leurs centres d’hébergement, leurs restaurants ou leurs communautés en ligne, Eddie évolue entre leurs univers, livrant des repas à travers la ville tout en créant lui-même du contenu Facebook plein d’entrain. Sa bonne humeur ne masque pas le prix personnel de la migration : ses deux jeunes enfants sont restés à l’étranger, présents grâce aux appels vidéo mais absents de son quotidien. Dans l’un des détails émotionnels les plus justes du film, la communication numérique rend cette séparation à la fois supportable et plus douloureuse. Un enfant vu sur FaceTime est assez proche pour qu’on puisse lui parler, mais impossible à serrer dans ses bras, et chaque instant de connexion apparente confirme la distance que la technologie promet d’effacer. Le parcours d’Eddie à travers les restaurants, les cuisines et les rues nocturnes confère également au film sa vision la plus forte de New York en tant qu’organisme vivant, soutenu par des travailleurs dont les déplacements sont suivis par des applications, mais dont les sacrifices personnels restent largement invisibles aux yeux des clients qui attendent leurs commandes.

En collaboration avec le co-scénariste Brian Perkins, Joshua Z Weinstein construit ces vies comme autant de fragments d’une mosaïque urbaine plutôt que comme les éléments d’une intrigue conventionnelle. La plupart des interprètes sont des amateurs découverts sur TikTok, Instagram, Reddit et d’autres espaces en ligne, et leurs histoires fictives s’inspirent d’éléments tirés de leur expérience réelle. Cette méthode confère à Here I’m Alive une texture sociale inhabituelle : les conversations semblent parfois maladroites ou incomplètes, mais elles donnent rarement l’impression d’être artificielles. À la fois directeur de la photographie et réalisateur, Joshua Z Weinstein filme la ville dans des tons sombres aux accents de film noir, laissant les écrans bleus, les lampadaires et les enseignes de restaurants éclairer des visages qui semblent suspendus entre le monde physique et le monde virtuel. La bande-son élaborée est tout aussi importante : elle superpose le bruit de la circulation, les bruits de cuisine, les enceintes Bluetooth, les sons des téléphones et les chansons de musiciens underground, jusqu’à ce que la ville ressemble à une douzaine de flux concurrentiels diffusés simultanément. Même Emira D’Spain, qui incarne une influenceuse beauté à succès, est présentée moins comme un personnage à part entière que comme un mirage de la visibilité que tout le monde recherche — le résultat parfait affiché sans le travail, la chance et le calcul nécessaires pour y parvenir.

Cette structure fragmentée constitue également la limite la plus flagrante du film. Les allers-retours constants entre les quatre intrigues peuvent interrompre un lien émotionnel au moment même où il commence à se tisser, tandis que les interprétations volontairement sobres et les brèves rencontres donnent parfois l’impression que ce long métrage relativement court dure plus longtemps qu’il ne le fait réellement. La tentative de Majora pour empêcher un suicide revêt une urgence que les autres histoires ne parviennent pas toujours à égaler, ce qui rend certaines transitions dramatiquement inégales. Les spectateurs qui s’attendent à ce que les intrigues convergent vers un dénouement spectaculaire pourraient également trouver que le film se montre délibérément évasif ; ses personnages se croisent comme des profils anonymes dans un fil d’actualité sans fin plutôt que comme les pièces d’un puzzle minutieusement assemblé. Néanmoins, ce caractère inachevé fait en fin de compte partie intégrante du propos du film. Ces personnes ne sont pas des protagonistes conventionnels avançant vers des révélations bien ficelées, mais des vies observées au cours d’une seule nuit, chacune poursuivant une stratégie de survie improvisée dans une ville où les promesses établies d’ascension sociale ont perdu leur crédibilité. Le refus du film d’imposer une résolution artificielle préserve la dignité et l’incertitude de ces vies, même si cela réduit l’élan dramatique.

Here I’m Alive est donc moins une accusation selon laquelle les téléphones auraient détruit la société qu’une étude captivante de ce qui comble le vide lorsque la sécurité économique, les communautés stables et les voies traditionnelles vers la réussite ont déjà commencé à disparaître. La technologie exploite la solitude des personnages, transforme leurs corps en marchandises et encourage les fantasmes d’ascension sociale instantanée, mais elle leur permet aussi de trouver un public, de gagner de l’argent, de parler à des enfants éloignés et de maintenir des inconnus en vie. Joshua Z Weinstein reconnaît que l’écran est à la fois une cage, un lieu de travail, un confessionnal, une scène et une bouée de sauvetage. Sa dernière lueur d’espoir n’offre pas de remède miracle, mais elle suggère que le salut — si ce mot n’est pas trop grand — peut commencer lorsqu’un autre être humain est perçu comme plus qu’un simple contenu, une main-d’œuvre ou des données. Inégale mais discrètement envoûtante, cette symphonie urbaine sans sentimentalisme capture un New York où des millions de personnes restent connectées à chaque instant tout en luttant pour être véritablement vues.

Here I’m Alive
Réalisé par Joshua Z. Weinstein
Écrit par Joshua Z. Weinstein et Brian Perkins
Produit par Joshua Z. Weinstein et Daniel Finkelman
Avec : Cheyenne Gallagher, Krystaly Figueroa, Eddie Torrenegra, Caleb Zuzga, Emira D’Spain
Direction de la photographie : Joshua Z. Weinstein
Montage :  Pranav Kothary, Kate Abernathy et Joshua Z. Weinstein
Sociétés de production : Daniel Finkelman Films, Sparks Go, en association avec Washington Square Films
Distribué par :
Dates de sortie :
Durée : 76 minutes

Vu le 7 septembre 2026 au Centre international de Deauville

★★★★★★★☆☆☆ 7/10

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