Gens du Monde (Les)

Réalisé par Yves Jeuland (2014)

Documentaire
Gens du Monde (Les)
Durée 82 minutes
Sortie 10/09/2014
Note 7/10

A l’approche de l’élection présidentielle de 2012, les journalistes du Monde travaillent d’arrache-pied dans les bureaux du quotidien, boulevard Auguste Blanqui à Paris. Alors qu’ils se revendiquent globalement du centre-gauche, les rédacteurs du service politique ne sont guère enthousiasmés par la campagne du candidat socialiste François Hollande, que certains d’entre eux suivent de près. Pendant que les moyens d’information changent radicalement, notamment à travers le flux ininterrompu d’opinions publiées sur Twitter, les membres de la rédaction cherchent à maintenir le même niveau de qualité et d’indépendance, qui fait depuis des décennies la réputation du journal français.

Les critiques

Par Noodles 05/09/2014

Que se passe-t-il exactement au sein de la rédaction de l'un des quotidiens les plus lus de France ? C'est à cette question que tente de répondre le nouveau long-métrage d'Yves Jeuland, un cinéaste ayant déjà à son actif plusieurs documentaires (Bleu, Blanc, Rose (2002), Le Président (2010), Il est minuit, Paris s'éveille (2013)). En suivant le service politique du journal Le Monde, il s'emploie à dresser le portrait de la profession de journaliste, et à en présenter les différents enjeux. A peine le film a t-il commencé que le spectateur est immédiatement immergé dans ce lieu bouillonnant, où chacun s'active de façon à ce que l'information soit traitée à la fois le mieux et le plus rapidement possible.??

Sans jamais vraiment aborder son objet à travers une problématique précise, le documentariste se contente de balader sa caméra à travers les locaux du Monde ou sur le terrain, décrivant le quotidien de quelques journalistes dont la personnalité se dessine peu à peu. Progressivement, le film parvient également à mettre en lumière les tensions et les divergences d'opinions qui peuvent exister entre les différents acteurs du journal, notamment lors des réunions de la rédaction où chacun est libre de s'exprimer.??

Si la question de la survie du support papier plus que jamais d'actualité pour la presse aujourd'hui ne saurait constituer l'angle d'attaque du documentaire, il n'omet pourtant pas d'aborder le rôle que jouent les réseaux sociaux, notamment Twitter, dans ce secteur. A l'heure où l'information circule de plus en plus rapidement et est de moins en moins contrôlée, ils semblent être à la fois un outil indispensable et un danger potentiel.??

L'absence de point de vue et de commentaires de la part du réalisateur renforce le sentiment d'objectivité que l'on ressent du début à la fin de ce documentaire sérieux.Formellement assez académique, Les Gens du Monde parvient tout de même à nous captiver par son rythme fluide et son traitement efficace.Entre moments de travail acharné où règne la panique et instants plus détendus et propices à la rigolade, l'ambiance quotidienne qui règne au Monde semble décrite avec justesse.??

Cette plongée au cœur de la rédaction politique est d'autant plus passionnante qu'elle a pour toile de fond la campagne présidentielle de 2012. Encore une fois, Yves Jeuland sait faire preuve d'une distance appropriée lorsqu'il s'agit de filmer cet épisode, et son but n'est jamais de faire le récit de l'actualité. Alors même que nous avions suivi cet évènement médiatique par le biais de la presse, il est fortement intéressant de le revivre à travers les yeux des journalistes du journal Le Monde.

 

Vu le 4 septembre 2014, au Club de l'Etoile.

★★★★★★★☆☆☆ 7/10

Par Tootpadu 04/09/2014

Dans notre ère de la prolifération médiatique, les informations circulent vite, très vite. La course à l’exclusivité a même atteint une telle frénésie fiévreuse que les faits politiques évoqués dans ce documentaire revêtent désormais un certain cachet historique. Quelle douce utopie ou plutôt quel espoir circonspect qui animait alors la campagne présidentielle dont ne reste désormais plus que l’arrière-goût amer du quinquennat de François Hollande, agonisant au rythme des scandales quasiment quotidiens ! En même temps, ce passage extrêmement rapide de l’actualité dans les archives poussiéreuses de la mémoire collective figure parmi les aspects les plus fascinants des Gens du Monde. Derrière cet engagement sans compter à la gloire de la déontologie journalistique, la question de l’utilité reste en suspens, aussi parce que le point de vue du réalisateur Yves Jeuland privilégie le rythme éreintant du bouclage matinal à une mise à distance par rapport aux exigences rédactionnelles.

Le mécanisme de fabrication d’un journal à tirage national est ainsi suivi sans trop entrer dans les détails d’un emploi du temps, qui risque de dérailler dès que l’un des services rend ses textes en retard. La vocation pédagogique du documentaire se situe davantage du côté d’un monument cinématographique qu’il dresserait sans le moindre pathos pour ces hommes et ces femmes, accroupis devant leur ordinateur ou en déplacement en province pour des meetings aux enjeux limités, qui font vivre le présent de la politique. La dimension de passeur de leur métier n’est en effet jamais absente de leur conscience, qui s’exprime assez librement lors des différentes réunions ou des moments volés au dépourvu. Il y a toujours aussi un peu de vanité qui accompagne cette responsabilité d’informer, voire de bien informer. Mais dans la répartition des tâches tel que le film la décrit, les caractères capricieux ont tendance à se soumettre au plus grand bien du canard, d’ailleurs de plus en plus en mauvaise posture économique.

En dehors des petites confidences savoureuses, comme le dégoût de voir une personnalité décéder juste avant l’heure fatidique de finalisation de la prochaine édition – Michel Rocard a heureusement eu la vie sauve, tandis que l’ancien directeur des rédactions Erik Izraelewicz a succombé à une crise cardiaque au siège du Monde quelques mois seulement après la fin du tournage –, c’est toutefois l’état d’esprit global de ce documentaire vigoureux qui nous a séduits. A notre niveau personnel modeste, nous aspirons à l’intégrité journalistique qui caractérise un journal de qualité comme Le Monde. La narration observe son processus de création maintes fois recommencé avec une fluidité, qui sied parfaitement au cycle de vie du support quelque peu archaïque qu’est le journal en papier. Même l’acte de le jeter après lecture revêt encore un certain commentaire subtil, puisque l’agent d’entretien qui vide stoïquement les poubelles au cœur du brouhaha et du stress de la salle de rédaction, appartient précisément au milieu que l’on ne trouve guère parmi les rédacteurs de tout âge, mais que ces derniers prétendent défendre, avec toute l’hypocrisie élitiste qui peut aussi être représentative du Monde.

 

Vu le 4 septembre 2014, au Club de l'Etoile

★★★★★★☆☆☆☆ 6/10

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