Into eternity
Réalisé par Michael Madsen (2011)
| Durée | 76 minutes |
| Sortie | 18/05/2011 |
| Note | 7/10 |
On estime à environ 250 000 tonnes le volume des déchets radioactifs accumulé jusqu’à présent par la production d’énergie nucléaire à travers le monde. Puisque ces résidus resteront toxiques pour au moins les prochains 100 000 ans, les méthodes de stockage provisoire pratiquées jusqu’à présent devront être remplacées tôt ou tard par une mise à l’abri permanente dans des endroits à l’écart de toute intervention humaine. En Finlande, le projet Onkalo constitue la première construction d’un site de stockage permanent dans le monde, qui devra héberger d’ici un siècle tous les déchets nucléaires du pays. Mais comment dissuader les générations futures d’ouvrir un jour, par curiosité ou ignorance, ce tombeau des vestiges d’une énergie malpropre ?
La critique
Par Tootpadu 18/03/2011
Au lieu de répéter bêtement les mêmes faits scientifiques connus depuis longtemps sur les risques inévitables du nucléaire, qui tombent de toute façon sur la sourde oreille des politiciens, le réalisateur conçoit son film comme une sorte de document historique, destiné à ceux qui par malheur tenteront de profaner le coffre fort radioactif que le gouvernement finlandais creuse dans le granit de la région d’Olkiluoto, peu importe les moyens nécessaires pour mener à bien ce projet gigantesque. A la façon des messages audio-visuels envoyés jadis dans l’espace en guise de carte de visite de l’humanité, le témoignage enregistré ici servira peut-être un jour à rendre compte de la folie absurde qu’était l’exploitation civile et militaire de l’atome en général, et la construction de cette châsse destinée à protéger ce que l’humanité a produit de plus abject en particulier. Car tous les efforts mis en œuvre pour bâtir un édifice plus sophistiqué que les pyramides égyptiennes et censé perdurer sensiblement plus longtemps qu’elles, servent en réalité à enfouir et à oublier la tare majeure de notre civilisation, qui sera toujours à l’ordre du jour quand les bienfaits de notre société prendront déjà la poussière dans l’équivalent des livres d’Histoire.
Derrière son aspect de film de science-fiction qui fait froid dans le dos, plombé à peine par un choix musical parfois trop solennel, ce documentaire remarquable souligne avec adresse l’impuissance de l’homme face à la bête nucléaire qu’il a réveillée imprudemment. Les événements récents au Japon ont certes sonné le glas d’une considération insouciante de l’énergie atomique. Mais le problème infiniment plus sérieux pour la planète toute entière du stockage des déchets radioactifs, à peine réchauffé chez nos voisins allemands à chaque transport Castor et passé presque entièrement sous silence en France, mérite au moins autant notre attention que les catastrophes ponctuelles. Nullement alarmiste, mais pas non plus inconscient de la gravité du sujet qu’il traite, Michael Madsen fait sans complaisance la lumière sur cet immense casse-tête quasiment éternel, qui préoccupe une légion de scientifiques lucides, surtout quant à leur propre impuissance à garder sous contrôle de façon permanente les retombées toxiques d’une énergie soi-disant bon marché.
Client fidèle depuis longtemps du « tout nucléaire », la France aura le plus grand mal à se défaire ne serait-ce qu’à moyen terme de cette source d’énergie discutable. Dans un pays où l’immense majorité du courant qui sort de la prise provient d’une centrale nucléaire juste à côté de chacun d’entre nous, le fait d’aller voir ce documentaire exceptionnel au cinéma, et même la lecture et la rédaction de ces quelques lignes, équivaut à un encouragement involontaire à laisser ce cercle vicieux intact. Espérons que l’éveil de la conscience collective – auquel Into eternity a vocation à participer – nous éloignera du spectre d’une Terre irrémédiablement irradiée d’ici quelques milliers d’années, juste parce que l’humanité n’a une fois de plus pas su regarder plus loin que le bout de son nez !
Vu le 18 mars 2011, au Club de l'Etoile, en VO