Secret derrière la porte (Le)
Réalisé par Fritz Lang (1948)
| Durée | 99 minutes |
| Sortie | 13/08/1948 |
| Note | 7/10 |
Celia Barrett, riche héritière, rencontre pendant des vacances à Mexico Mark Lamphere, qu'elle épouse aussitôt.
Mais le soir des noces, son mari la quitte brusquement, sans aucune raison apparente. La jeune femme va peu à peu réaliser que celui qu'elle a épousé est un homme bien étrange...
La critique
Par Noodles 13/07/2014
Le Secret derrière la porte est loin d'être le film le plus connu de son auteur, et contrairement à plusieurs de ses long-métrages, il ne saurait prétendre au rang de chef-d’œuvre du septième art. Des films tels que Metropolis (1927), M le maudit (1931) ou encore Le Testament du docteur Mabuse (1933) font indéniablement de Fritz Lang l'un des plus grands réalisateurs de son époque. Appuyés par une réalisation de génie, ces œuvres cultes n'ont pas manqué d'influencer une large partie du cinéma qui suivra. On observe que c'est bien sa filmographie allemande qui est la plus connue du public cinéphile, étant donné que les grands classiques qu'il a réalisé se situent dans cette période de sa vie. Pourtant, la carrière du cinéaste allemand est bien loin de prendre fin lorsqu'il quitte son pays menacé par la montée du nazisme et qu'il s'exile aux Etats-Unis, puisqu'il y réalise plus d'une vingtaine de long-métrages. Parmi eux il y a Le Secret derrière la porte, un film particulièrement représentatif du style hollywoodien adopté Lang.
Cette œuvre à l'atmosphère particulièrement troublante et envoûtante s'attache à explorer l'inconscient de ses personnages. Ainsi, le film accorde une grande importance au symbolisme, et l'onirisme est également au rendez-vous comme lors de cette scène de procès rêvé, brillamment réalisée. En ce sens, Le Secret derrière la porte est donc très influencé par la psychanalyse, au même titre que de nombreux films américains d'après-guerre, et il est donc aisé de trouver ici un aspect fortement hitchcockien. Pourtant, Fritz Lang ne parvient pas à maitriser la dimension psychologique et éminemment freudienne de son intrigue comme a su le faire le maître du suspens dans Rebecca (1940) ou plus encore dans La Maison du docteur Edwardes (1945), deux films qui l'ont visiblement beaucoup influencé. Cependant, le film de Lang ne saurait se résumer à un drame psychanalytique et, s'il utilise parfois quelques codes du film noir, il puise surtout son inspiration du côté du cinéma fantastique en s'éloignant fortement de tout réalisme. Le réalisateur nous démontre également qu'il sait faire preuve de talent lorsqu'il s'agit de créer de la tension, dans ce film qui ne fait qu'effleurer l'idée de meurtre sans que jamais le crime ne soit véritablement filmé.
L'immersion dans cet univers inconscient voire de folie est grandement facilité par l'utilisation d'une voix-off qui a cependant tendance à alourdir le film par son omniprésence. Il s'agit donc ici d'adopter le point de vue du personnage principal incarné par l'actrice Joan Benett, qui signe sa quatrième et ultime collaboration avec Fritz Lang. Mais l'intérêt formel du Secret derrière la porte réside davantage dans sa remarquable mise en scène ainsi que dans son aspect visuel. A ce propos, les contrastes appuyés et des nombreux jeux d'ombres nous font remarquer que le film conserve une esthétique proche de celle du cinéma expressionniste allemand, dont Lang est l'un des chefs de file. La composition de chaque plan est tellement soignée que chaque plan est semblable à un tableau. Multipliant les choix de réalisation judicieux, le cinéaste n'hésite pas à jouer avec la distinction entre visible et invisible, dans ce long-métrage qui n'égale pas les sommets atteints par ses chefs-d’œuvre mais qui reste un film admirablement orchestré.
Revu le 9 Juin en Blu-Ray, en VO.