Closed circuit

Réalisé par John Crowley (2014)

Thriller
Closed circuit
Durée 97 minutes
Sortie 26/03/2014
Note 6/10

Un attentat à la bombe fait plus d’une centaine de victimes sur un marché en plein cœur de Londres. Six mois plus tard, le procès contre l’organisateur présumé Farroukh Erdogan doit s’ouvrir. Suite au suicide de l’avocat initial, Martin Rose doit assumer au pied levé la défense de l’accusé. En tant qu’avocat spécial qui aura accès aux documents classés « secret défense » de l’affaire, Claudia Simmons-Howe est désignée. Martin redoute la collaboration avec son ancienne maîtresse. Un éventuel conflit d’intérêt sera toutefois le moindre de ses soucis, quand il découvre les implications de cette affaire fortement médiatisée.

Les critiques

Par Noodles 15/03/2014

Un attentat en plein cœur de Londres, 120 victimes, et une question : qui est réellement derrière tout cela ? Chercher une réponse à cette interrogation pourrait bien coûter la vie à Martin Rose (Eric Bana) et Claudia Simmons-Howe (Rebecca Hall), les deux avocats chargés de défendre le principal suspect. Avec pour toile de fond le terrorisme, c’est à travers les prismes de la justice et de la politique que les évènements sont vus. John Crowley épargne ainsi à ses spectateurs un thriller surchargé en action. Celle-ci est plutôt reléguée au second plan, et le réalisateur axe surtout son film sur le fameux procès du présumé coupable. Closed Circuit s’attache alors à montrer l’impuissance des deux personnages principaux face à des enjeux qui les dépassent, et met ainsi en exergue les défaillances d’un système judiciaire britannique sur lequel les services secrets ont la main mise.

Le film fonctionne parfaitement bien lorsqu’il s’agit de créer une atmosphère propice à la paranoïa. En multipliant les plans de caméras de surveillance qui paraissent alors omniprésentes, Closed Circuit  présente Londres comme étant une ville qui espionne constamment ses individus. A ce propos, la séquence d’ouverture, dans laquelle le cadre est divisé en une multitude d’enregistrements filmant la place du marché avant que l’attentat n’ait lieu, est très bien construite. Par la suite, complots gouvernementaux et manipulations des services secrets anglais parviennent à créer un climat aussi angoissant pour les personnages dont la vie est en jeu que pour les spectateurs.

Toutefois, si le scénario original nous offre une intrigue relativement bien ficelée, il faut malheureusement avouer que l’ensemble reste assez prévisible. Aucun élément du récit ne parvient réellement à nous surprendre, ou pour être exact, on s’attend justement trop à être surpris. On sort finalement de la séance avec la désagréable impression de n’avoir rien vu de nouveau, surement parce que tous les mécanismes cinématographiques typiques de ce genre de films ont déjà été parfaitement assimilés par les spectateurs. Certes, Closed Circuit ne souffre pas de lacunes au niveau du rythme, et l’on peut même ajouter que son montage fait de lui un thriller assez efficace. Cependant, il aurait fallu redoubler d’originalité pour qu’un tel film puisse se targuer d’avoir un véritable intérêt. 

 

Vu le 14 Mars 2014, à la salle Universal, en VO.

★★★★★☆☆☆☆☆ 5/10

Par Mulder 11/03/2014

Closed circuit est sorti en salles fin aout 2013 et en vidéo début janvier de cette année aux Etats-Unis. Sa sortie tardive fin mars est des plus surprenantes à la vue de ce thriller très captivant et interprété brillamment par Eric Bana (Hulk (2003), Star Trek (2009), Cold Blood (2012) ), Rebecca Hall (Le Prestige (2006), The Town (2010), Iron Man 3 (20013)… ) et Jim Broadbent (Brazil (1985), Coup de feu sur Broadway (1994), Moulin Rouge (2001), saga Harry Potter… ). Le scénario de ce film revient à Steve Knight (Les promesses de l’ombre (2007), Crazy Joe (2013)…) et la réalisation à John Crowley (Intermission (2003), Is Anybody there (2009)).

Le film nous rappelle les grands thrillers des années 70 reposant sur un scénario original et surtout sur d’excellents comédiens. Loin du cinéma hollywoodien, le réalisateur nous livre une enquête palpitante menée par une Avocate Spéciale, Claudia Simmons-Howe (Rebecca Hall une nouvelle fois parfaite)  désignée par le Procureur Général et seule autorisée à voir certains documents et à invoquer leur divulgation lors d’audiences à huis clos et à un avocat Martin Rose (excellent Eric Bana) qui a eu une aventure avec celle-ci. Ces deux avocats vont devoir enquêter séparément sur un acte terroriste ayant coûté la vie de cent vingt personnes et savoir si l’homme arrêté est bien le cerveau de cette barbarie. Une nouvelle fois, ces deux avocats vont devoir affronter une autorité toute puissante capable de tout pour que le procès n’ait pas lieu. Ce thrille efficace aux nombreux rebondissements ressemble plus à un thriller britannique qu’à un nième blockbuster dont les effets spéciaux sont uniquement présents pour masquer un scénario anémique. Le film se tourne donc plus vers les rouages d’un système britannique donnant à des agents du MI5 tous les droits qu’à un énième film sur le terrorisme. Certes on ressent l’influence post 11 septembre mais le scénariste préfère attirer notre attention sur les dérives de notre système politique. A l’heure où les Etats-Unis ont été reconnus comme ayant écouté certains appels téléphoniques européens, ce film nous renvoie également à une paranoia moderne où tout le monde peut être un espion ou un coupable présumé.

Closed circuit est un thriller qui demande une attention constante dûe à la complexité de son scénario. Loin des oeuvres cinématograhiques pré-formattées pour un public dont l’attention n’est plus la même actuellement que dans le passé, un tel film ne pouvait fonctionner sur le marché américain. A l’heure où les films d’espionnage riment avec James Bond, Jason Bourne, le public demande du cinéma efficace, des têtes d’affiche et un film pouvant être assimilé par tous. Le manque d’action, la manière de réaliser trop neutre ne pouvaient amener un public de masse américain à apprécier un tel film. Ce film est nettement plus taillé pour un public européen qui devrait non seulement apprécié la qualité de jeu des acteurs que nous avons nommés plus haut mais également par une refléxion importante sur les médias, la diffusion des informations et sur l’enjeu de l’espionnage actuel. Ce film requiert donc une attention maintenue et une réflexion constante. Passionnant de bout en bout, ce film mérite d’être découvert sur grand écran ne serait que pour retrouver une actrice nettement plus attirée vers des films intelligents que des blockbusters dénués de sens. 

Ce film rejoint donc des thématiques présentes dans les séries américaines cultes du moment comme Homeland par la manière d’aborder des sujets sensibles tels que le droit sans limite du gouvernement, comment évaluer ce qui relève du public ou du privé et savoir si certaines actions condamnables doivent avoir lieu pour protéger le plus grand nombre. Certes le service d’espionnage britannique n’en sortira pas grandi mais un tel film très (trop) réaliste est un moyen de se divertir intelligemment malheureusement trop rare actuellement.

Vu le 5 mars 2014, à la Salle Universal, en VO

★★★★★★★☆☆☆ 7/10

Par Tootpadu 06/03/2014

Tout le monde est surveillé en permanence, mais personne n’est à l’abri d’une attaque terroriste, la crainte majeure de notre époque. Les premières images du quatrième film du réalisateur John Crowley disent d’ores et déjà tout ce qu’il y a à savoir sur le sentiment d’impuissance qui caractérisera l’intrigue. La composition de cette courte séquence nous prépare sans équivoque à ce qui va suivre. Nous savons pertinemment ce qui va arriver à ces pauvres passants, puisque montrer la normalité d’une visite au marché ne sert plus de nos jours qu’à rendre l’éclat de la catastrophe plus aigu. Et pourtant, cet attentat fictif éveille en nous toutes sortes de peurs instinctives, qui se nourrissent des courants psychologiques à la base contradictoires de l’alarmisme et du défaitisme. Accessoirement, il met hors service l’espionnage ininterrompu de nos moindres faits et gestes, à cause de la destruction des caméras de surveillance par l’explosion, mais surtout parce qu’il n’y a plus rien à voir, une fois que le chaos a fait irruption dans notre quotidien préservé.

Après cette entrée en la matière tonitruante, Closed circuit ne choisit pas forcément la voie la plus passionnante pour digérer les retombées d’un tel événement traumatisant. Entre le drame judiciaire qui ne tourne qu’autour d’un aspect technique du système britannique, c’est-à-dire les rapports potentiellement conflictuels entre la défense et l’avocat spécial, et une analyse infiniment plus globale du contexte politique et des phobies créées par le choc du 11 septembre, le film se décide en fin de compte pour une troisième option : le thriller paranoïaque du complot. Il en résulte un ton de plus en plus nihiliste, puisque les deux personnages principaux jouissent au moins de la lucidité nécessaire pour admettre qu’ils ne font point le poids face aux moyens considérables de leurs adversaires. Ils ne doivent alors leur salut qu’à la renaissance de leur amour, accompagnée d’un mouvement de repli sur la sphère privée. Puisque le statu quo est maintenu d’une main de fer par les hommes et les femmes au pouvoir, à quoi sert-il encore de se révolter ? Le tollé parlementaire en voix off sur le dernier plan du film ne constitue ainsi qu’une reconnaissance maladroite et in extremis de l’engagement de Martin et Claudia en faveur de la justice, tandis que le propos principal du récit envoie des signaux clairement plus désabusés.

Il n’empêche que cette déclaration de la défaite guère nuancée des héros d’autrefois répond parfaitement aux règles d’un thriller haletant. Personne n’y est en sécurité et la narration s’emploie efficacement à transmettre un sentiment permanent de doute et de suspicion. Des dispositifs formels aussi éculés que le montage parallèle y sont employés avec une assurance et une élégance déterminée, qui rendent cette histoire plus fascinante qu’elle ne devrait l’être. Car le monde d’aujourd’hui est plus complexe que la structure finalement très manichéenne du scénario voudrait nous le faire croire.

 

Vu le 5 mars 2014, à la Salle Pathé François 1er, en VO

★★★★★★☆☆☆☆ 6/10

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