Yeux jaunes des crocodiles (Les)

Réalisé par Cécile Telerman (2014)

Drame
Yeux jaunes des crocodiles (Les)
Durée 123 minutes
Sortie 09/04/2014
Note 5/10

Les deux sœurs Joséphine et Iris ne pourraient pas être plus différentes l’une de l’autre. Tandis que la première vit à Courbevoie avec un mari chômeur et ses recherches en Histoire comme seule source de revenu, la deuxième est une parisienne belle et mondaine. Quand Joséphine met fin à son couple, elle se trouve dans une situation financière peu enviable. Bien qu’elle refuse l’argent de sa sœur, elle ne pourra pas résister longtemps à son offre alléchante : écrire un roman à sa place. Cet accord permettrait à Joséphine d’éponger ses dettes, pendant que sa sœur se vanterait de son savoir-faire littéraire. Contre toute attente, le livre remporte un succès fou, ce qui n’arrange en rien les rapports tendus entre Joséphine et Iris.

La critique

Par Tootpadu 04/03/2014

Chaque film est en soi une invitation à la découverte d’un nouveau monde. La fiction et – dans une moindre mesure – le documentaire permettent au spectateur de s’immerger dans la vision personnelle de l’existence, véhiculée par le regard du réalisateur. Par conséquent, les films qui nous touchent le plus sont soit ceux dont le point de vue correspond à notre propre philosophie de vie, soit ceux qui nous ouvrent des horizons inattendus, afin de nous permettre de voir le monde autrement. Ce besoin vital d’identification ne s’opère pas du tout dans le troisième film de la réalisatrice Cécile Telerman. Bien au contraire, nous n’aimerions point vivre dans un monde tel que Les Yeux jaunes des crocodiles le décrit : il ressemble à peu de choses près à un cauchemar éveillé, où la trahison a remplacé l’amour et où un coup de théâtre mélodramatique chasse l’autre.

Un simulacre de réalisme cruel anime en effet le récit bourré de clichés de ce film, qui bénéficie au moins d’une admirable cohérence dans l’excès. Les personnages y sont essentiellement occupés à s’engueuler sans arrêt, puisque aucun des couples ne jouit d’un peu de quiétude et de normalité. Le dysfonctionnement grandiloquent des rapports humains nous rappelle un film aussi bancal que L’Un reste … l’autre part de Claude Berri, et plus largement une certaine tradition du cinéma français, qui force le trait au lieu de chercher la justesse dans la sobriété. Aucun élément ne permet à l’histoire d’établir un lien authentique avec la vie, la vraie, puisque le ton du film est aussi peu réaliste que la neige en mousse, qui tombe au cours d’une séquence dans la cour de la Sorbonne.

Il existe certes de timides velléités de conférer une dimension morale à ce fourre-tout grand-guignolesque d’une famille caricaturale. Mais c’est finalement la témérité de la mise en scène de persévérer dans la surcharge constante de sentiments névrosés, qui sauve le film du naufrage absolu. Mieux vaut en effet s’étonner du goût pour la démesure mélodramatique que la narration déploie ici sans retenue, que de ne pas savoir à quoi s’en tenir avec une intrigue trop frileuse pour embrasser corps et âme l’énormité de son propos.

 

Vu le 4 mars 2014, à la Salle Pathé Lincoln

★★★★★☆☆☆☆☆ 5/10

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