Monuments men
Réalisé par George Clooney (2014)
| Durée | 119 minutes |
| Sortie | 12/03/2014 |
| Note | 5/10 |
En 1944, l’Américain Frank Stokes part en Europe afin de sauver les œuvres d’art volées par les nazis. Celles-ci risquent de disparaître à jamais pendant ces derniers mois de guerre chaotiques. Stokes est chargé par le président Roosevelt de créer les Monuments men, une unité spéciale d’experts censée rechercher les tableaux et sculptures éparpillés aux quatre vents. Aux côtés du curateur James Granger et de cinq autres amateurs d’art, il s’infiltre derrière les lignes du front, où l’armée allemande procède au pillage systématique des musées et collections privées belges et français.
Les critiques
Par Noodles 14/03/2014
Perdre notre patrimoine artistique, cela reviendrait à perdre une part de notre identité. Voilà pourquoi il est absolument nécessaire d’empêcher sa disparition. Pour autant, les œuvres d’arts majeures méritent-elles que des vies soient sacrifiées afin de les préserver ? C’est la question que pose George Clooney avec Monuments men, son cinquième long-métrage en tant que réalisateur. Depuis quelques années, cette figure emblématique d’Hollywood semble mettre sa notoriété au profit de causes nobles, lui valant ainsi une réputation de cinéaste engagé. Avec ce nouveau film, il met en lumière le rôle des soldats chargés de protéger les œuvres d’arts menacées de pillage ou de destruction par les nazis lors du conflit de la seconde guerre mondiale. Car si Hitler souhaitait créer le plus grand musée au monde à son nom mais aussi détruire toute forme d’art qu’il ne considérait pas comme pure, certains étaient prêts à donner leur vie pour contrer ses sombres projets. Clooney, qui ne se satisfait pas des rôles de réalisateur, producteur et coscénariste du film, endosse également celui d’acteur principal et incarne ainsi le leader de ces Monuments Men.
Si le sujet du film est des plus intéressants, la façon dont il est traité ici ne peut que nous laisser sur notre faim. S’éloignant de ses précédents longs-métrages qui prenaient parfois l’aspect de films d’auteurs, George Clooney signe ici un film de guerre destiné au grand public, à mi-chemin entre le drame historique et la comédie. Pourtant, aucune de ces deux dimensions n’est véritablement maitrisée. Les faiblesses de Monuments men se font d’ailleurs davantage ressentir pendant sa première moitié, lorsque les personnages sont dispersés en petits groupes à travers l’Europe. Certes, le film gagne en rythme une fois l’équipe réunie, mais la mise en scène demeure des plus classiques. De plus, les moments de tension sont bien trop rares et peu efficaces. L’exemple le plus parlant se trouve surement à la fin du film, lorsque nos braves sauveurs d’œuvres doivent extraire la Vierge à l’enfant d’une mine avant l’arrivée des soldats russes. Avec son montage parallèle sans surprise, cette scène démontre l’incapacité du réalisateur à créer du suspense.
En ce qui concerne l’humour, il manque malheureusement au rendez-vous malgré la présence de plusieurs acteurs au potentiel comique certain. Jean Dujardin peine à nous amuser en incarnant ce Français entouré d’Américains. En revanche, la vision de Matt Damon, affublé d’un béret et tentant de s’exprimer dans un français plus que douteux est sans aucun doute source d’hilarité. Faut-il voir le casting du film comme un de ses points positifs, ou au contraire regretter que tant de têtes d’affiches talentueuses ne parviennent pas à faire de Monuments men un film réussi ? Le personnage de Frank Stokes interprété par Clooney ne semble être là que pour prôner un discours sans doute nécessaire mais quelque peu bien pensant. En tout cas, Cate Blanchett nous offre une prestation sans erreur, même si l’on aurait aimé voir une actrice française dans ce rôle.
On ne peut que saluer le réalisateur pour avoir choisi de faire un film grand public sur ces hommes courageux prêts à sacrifier leur vie au nom de l’art. Mais finalement, Monuments men ne se montre pas à la hauteur de son sujet.
Vu le 3 mars 2014, au Club de l'Etoile, en VO
Par Tootpadu 04/03/2014
Les artistes sont mortels et même leurs œuvres ne sont pas d’office faites pour l’éternité. D’où l’importance accrue de la préservation, une activité peut-être aussi essentielle que la création en elle-même. Car à quoi sert-il de produire le sommet de la beauté esthétique, si les générations futures ne peuvent pas l’apprécier ? Alors que le cinéma en tant que Septième art, de par sa nature fortement dépendante du support chimique ou désormais numérique, requiert des démarches particulières pour le maintien en l’état, les autres arts sont a priori moins sensibles aux ravages du temps, à condition que les conditions d’archivage soient adéquates. Ce n’est que lorsque la civilisation fait un pas en arrière, c’est-à-dire quand l’instinct brut de survie reprend le dessus sur des considérations plus élevées, que le patrimoine culturel de l’humanité est mis en danger. Pareille situation périlleuse appelle l’intervention d’un homme d’exception, comme George Clooney, qui adopte de plus en plus au sein de la communauté hollywoodienne le rôle du pourfendeur d’injustice, à l’air jovial mais déterminé dans la défense des causes humanitaires qui lui tiennent à cœur.
Hélas, les bonnes intentions font souvent des films médiocres. Monuments men ne fait point exception à la règle, puisque un titre plus convenable aurait été Il faut sauver les œuvres d’art, en référence au film de Steven Spielberg dont il singe un peu trop fidèlement la trame narrative. Il n’est désormais plus question de risquer la vie de tout un groupe de soldats pour voler au secours d’un seul homme, mais les enjeux sont néanmoins comparables. La mission des amateurs d’art est ainsi considérée comme secondaire aux yeux des troupes sur le terrain, qui, eux, mènent un combat plus urgent dans l’immédiat. Et à chaque perte d’un des membres de l’équipe, le commandant éprouve des doutes profonds et se demande si ce sacrifice valait réellement la peine. Enfin, la morale de l’histoire copie de même sur le récit cadre de Il faut sauver le soldat Ryan, puisque nous n’échappons pas au regard rétrospectif du vieillard, qui vient montrer à sa progéniture les mérites de son combat d’antan.
Il existe de pires sources d’inspiration que Steven Spielberg, d’autant plus que son film de guerre marquant date d’il y a quinze ans et que le monde dans lequel nous vivons aujourd’hui a sensiblement changé depuis. Malheureusement, la mise en scène ne met pas à profit ce changement de donne pour nous proposer un regard plus contemporain sur les événements de la fin de la guerre. C’est même l’absence de point de vue qui s’avère le plus préjudiciable pour la réussite d’un film, qui ne sait visiblement pas sur quel pied danser. Car ce n’est ni un film de guerre aux affrontements musclés ou au désespoir insoutenable, ni une parodie en dépit de quelques parenthèses comiques assez maladroites, ni un hymne touchant à la camaraderie en temps de crise à cause de la description sans âme des personnages. La seule issue honorable aurait été alors une approche quasiment documentaire, qui conférerait une sobriété scientifique à cette mission en quête d’objets inanimés.
On sent, par intermittence, que la narration aurait éventuellement voulu privilégier cette piste. Il n’en est en fin de compte rien puisque George Clooney, simultanément réalisateur, producteur, scénariste et acteur principal, préfère s’adonner à un mélange de genres, qui n’aboutit qu’à un rythme fortement décousu et un ton désagréablement bancal et mou.
Vu le 3 mars 2014, au Club de l'Etoile, en VO