Ezra

Réalisé par Newton I. Aduaka (2008)

Guerre
Ezra
Durée 111 minutes
Sortie 04/06/2008
Note 6/10

En 1992, le jeune Ezra et ses amis Moïse et Cynthia sont enlevés de l'école par des mercenaires, pour venir grossir les rangs des soldats du commandant Rufus, un chef de rebelles dans le pays, en proie à la guerre civile. Sept ans plus tard, alors qu'il est devenu un enfant soldat à part entière, Ezra participe, sous l'emprise de la drogue, à l'attaque de son village natal, tuant son père et sa mère. A la fin de la guerre, Ezra est convoqué devant un tribunal de réconciliation nationale sous l'égide de l'ONU, afin de reconnaître ses erreurs et demander pardon aux membres restants de sa famille.

La critique

Par Tootpadu 15/05/2008

Forcer un enfant à prendre les armes, à faire le deuil d'une enfance qu'il n'aura jamais, pour rentrer de plein pied dans ce que la nature humaine a de plus horrible, c'est là un des aspects les plus insoutenables de chaque guerre. Pour son deuxième film, le réalisateur Newton I. Aduaka, originaire du Nigéria, aborde ce sujet épineux et éprouvant en quelque sorte de l'intérieur. Son protagoniste appartient à ces jeunes mercenaires, qui ne se refèrent à plus aucune valeur autre que la puissance que leur confère leur arme, et qui sont le symbole tristement célèbre de tant de guerres civiles sur le continent africain au cours des décennies passées. La démarche du réalisateur, de multiplier les points de vue temporels sur les événements, est sans doute ambitieuse. Mais l'impact émotionnel du destin d'Ezra a parfois tendance à se perdre dans la structure narrative alambiquée du film.
A aucun moment, les horreurs de la guerre ne sont en fait aussi palpables, qu'au début du film, lorsqu'un des jeunes enfants enlevés, qui pleure trop bruyamment, subit le traitement VIP, qui consiste simplement en une balle tirée dans la tête à bout portant. Par la suite, la mise en scène privilégie des rapports plus complexes, moins incisifs et émotionnellement éprouvants, avec le calvaire d'Ezra, que partagent des centaines de milliers d'autres enfants à travers le monde. Le récit cadre de l'audition, envenimée bizarrement par l'animosité théâtrale entre la juge africaine et le chef de la commission américain, opère ainsi comme une barrière entre la violence dont Ezra a été partie intégrante pendant des années et les séquelles douloureuses qu'elle a laissées.
Alors que le film réussit à transcrire le dilemme existentiel entre les impératifs guerriers et les pulsions innocentes, propres à l'enfance, il peine un peu trop à le faire tenir convenablement dans une complexité narrative encombrante. Pour chaque moment déchirant d'une enfance perdue et d'une vie ruinée à jamais par ce rapt d'une identité en construction, nous avons droit à des scènes au ton trop approximatif pour rendre justice à ce sujet important.

Vu le 15 mai 2008, au Club Publicis, en VO

★★★★★★☆☆☆☆ 6/10

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