Acacias (Les)

Réalisé par Pablo Giorgelli (2012)

Drame
Acacias (Les)
Durée 86 minutes
Sortie 04/01/2012
Note 5/10

Le camionneur Ruben doit transporter une cargaison de bois du Paraguay à Buenos Aires. Son patron Fernando lui demande d’emmener également Jacinta, la fille d’une autre employée qui souhaite se rendre à la capitale argentine afin de voir sa cousine. Quand Jacinta se pointe au lieu de rendez-vous avec son bébé de cinq mois dans les bras, Ruben n’est pas vraiment enchanté de devoir subir les braillements de la petite Anahi pendant les mille cinq-cents kilomètres de route.

La critique

Par Tootpadu 24/11/2011

Le road-movie se prête mieux que tout autre genre à l’établissement progressif d’une relation. Le fait de rouler ensemble pendant des heures, voire des jours, permet de sonder petit à petit le caractère de l’autre, de percevoir à quel point les épreuves et autres obstacles le long du chemin permettent de souder une amitié ou au contraire d’accentuer les divergences. Il existe deux variations de ce dispositif aussi frais que la découverte et la conquête des terres inconnues de l’Ouest américain – et c’est peut-être aussi pour cela que la plupart de ces périples des temps modernes se déroulent sur les autoroutes majestueuses et les pistes isolées qui traversent les vastes plaines de l’Oncle Sam – : celle où les rencontres faites au fil du voyage agissent comme un révélateur de la quête spirituelle ou au contraire nihiliste du héros vagabond, et celle où cette forme de sagesse vient de l’intérieur, d’une sorte de réflexion existentielle soutenue par le temps qui passe et la distance le plus souvent arbitraire qui est parcourue. En optant pour la deuxième possibilité, le réalisateur argentin Pablo Giorgelli ne s’est pas tellement facilité la tâche pour son premier film, même si la Caméra d’or qu’il a remportée au dernier festival de Cannes lui atteste une certaine forme de réussite.
Ce n’est pas tant le fait qu’il ne se passe pratiquement rien dans Les Acacias qui rend le film aussi insignifiant, mais que les quelques nuances, les regards de plus en plus bienveillants et les petits gestes qui brisent la glace, qui rythment le récit assez minimaliste doivent subitement prendre une ampleur de sens qui dément justement la beauté de leur banalité. La tentative de convoquer à la dernière minute un peu de la magie qui avait rendu aussi irrésistible le diptyque de Richard Linklater sur un couple improvisé qui passe une nuit et beaucoup plus tard une journée ensemble ne peut ainsi pas réellement aboutir, parce que l’échange entre Ruben et Jacinta demeure très rudimentaire pendant ce voyage dépourvu de temps forts. La subtilité dans laquelle la narration excelle, dans la limite considérable du côté formel qui réduit l’échelle des plans à une alternance répétitive du champ/contre-champ, de la cabine vue de gauche suivie de la cabine vue de droite et inversement, est dans ce contexte le plus grand ennemi d’une histoire qui aurait nécessité soit une approche encore plus poétique, mettant à contribution le paysage de la steppe argentine, soit une dépendance moins importante des aspects simples de cette histoire tout à fait banale.
Toute la mécanique dramatique du récit repose donc sur les seules épaules minuscules du bébé, qui est en termes de la provocation trop facile des sentiments à mettre au même niveau que les chiens, eux aussi sollicités brièvement pour établir un lien timide entre les deux voyageurs. Ce n’est hélas pas assez pour remporter notre adhésion enthousiaste. Une certaine promesse se profile certes discrètement pendant ce film gentille, mais il faudra attendre au moins le deuxième film de son réalisateur avant de pouvoir se prononcer sur ses réelles capacités cinématographiques.

Vu le 23 novembre 2011, au Club Marbeuf, en VO

★★★★★☆☆☆☆☆ 5/10

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