Beaucoup de bruit pour rien

Réalisé par Joss Whedon (2014)

Drame
Beaucoup de bruit pour rien
Durée 108 minutes
Sortie 29/01/2014
Note 6/10

De retour de la guerre, Don Pédro et ses fidèles compagnons d’armes, Bénédict et Claudio, rendent visite au seigneur Léonato, gouverneur de Messine. Dans sa demeure, les hommes vont se livrer à une autre guerre. Celle de l’amour. Et notamment celle qui fait rage entre Béatrice et Bénédict, que leur entourage tente de réconcilier tout en essayant de déjouer les agissements malfaisants de Don Juan.

Les critiques

Par Noodles 14/03/2014

A première vue, il semble difficile d’émettre un jugement réellement objectif à propos deBeaucoup de bruit pour rien, tellement la comparaison avec l’adaptation de la même pièce de Shakespeare réalisée par Kenneth Branagh est inévitable. Difficile alors, si l’on est fan du style épique et coloré et des paysages grandioses de la version de Branagh, de ne pas être déçu en découvrant l’adaptation contemporaine de Joss Whedon, dont le décor se limite à sa luxueuse demeure et son jardin. Mais c’est sans doute avec ce noir et blanc numérique que le réalisateur porte le coup de grâce aux nostalgiques du film de 1993. Il faut pourtant oublier l’espace d’un instant la très fidèle adaptation de son prédécesseur pour tenter de déceler le potentiel de celle que nous offre Whedon.

La certaine sobriété qui émane de ce film s’explique assez facilement : le créateur des séries à succès que sont Buffy contre les vampires, Angel ou encore Dollhouse, a profité du temps qui séparait le tournage et le montage de son blockbuster Avengers pour réaliser ce projet bien plus intime. Entouré d’amis comédiens avec qui il a déjà travaillé à plusieurs reprises, Whedon nous livre ici une adaptation impertinente. Amoureux des textes de William Shakespeare, le cinéaste a la riche idée de conserver les dialogues originaux. Pourtant, la transposition de ces derniers dans un environnement contemporain ne manquera pas de dérouter les spectateurs, tant le film prend une allure d’exercice théâtral et non de véritable film d’auteur.

Toutefois, on s’habitue progressivement à cette forme et l’on parvient à éprouver un grand plaisir en redécouvrant le texte de la brillante pièce. D’autre part, le décalage entre l’ancienneté de ce texte d’origine et la modernité de son adaptation aurait véritablement pu être plaisant si Whedon avait fait preuve de plus d’audace. Les anachronismes étant inévitables, ne fallait-il pas les exploiter davantage et créer le comique à partir d’eux ? On ressort du film avec la désagréable Impression que le cinéaste n’a pas complètement su tirer profit de cette transposition qui aurait pu nous offrir bien plus. En revanche, puisque l’on sait que Joss Whedon aime mettre en avant les personnages féminins forts, on ne peut que saluer l’interprétation d’Amy Acker, qui incarne Béatrice avec brio. Il faut bien avouer que le duo d’acteur qu’elle forme avec Alexis Denisof, qui campe le rôle de Benedict, fonctionne à merveille. On regrette tout de même que les autres personnages du film soient si peu développés, au point qu’aucun caractère n’apparaisse véritablement chez eux.

Avec Beaucoup de bruit pour rien, Joss Whedon nous prouve finalement qu’un maigre budget et un temps de tournage restreint n’empêchent pas de réaliser une adaptation audacieuse d’une pièce de l’un des plus grands dramaturges de tous les temps. Malheureusement, le film peine à se différencier d’un film amateur laborieux, et nous présente peut-être davantage de points négatifs que de points positifs. Espérons néanmoins que le réalisateur du troisième film le plus rentable de l’Histoire du cinéma n’hésite pas à retenter ce genre d’expériences risquées par la suite, en nous livrant cette fois-ci un résultat plus maîtrisé. 

Vu le 20 janvier 2014, au Club de l'Etoile, en VO

★★★★★★☆☆☆☆ 6/10

Par Tootpadu 21/01/2014

Peut-être avons-nous trop apprécié à l’époque de sa sortie l’adaptation de Kenneth Branagh de la pièce de William Shakespeare, pour pouvoir adhérer à une approche totalement différente. Ce Beaucoup de bruit pour rien-là nous paraissait quasiment parfait. Il était lumineux et gay, voire capable de préserver l’essence du verbe finement ciselé de l’auteur tout en lui conférant un ton joyeusement pétillant. Si nous avons revu ce film-là à maintes reprises et si sa bande originale tournait en boucle dans notre chaîne, c’est surtout parce que Branagh y avait atteint l’apogée de son entreprise Shakespeare des années 1990 : donner vie à des pièces vieilles de quatre siècles et participer ainsi à la plus noble des démarches de vulgarisation.

A notre grand regret, la version de Joss Whedon ne ressemble en rien à son prédécesseur exubérant. Elle est au contraire froide, terne et aussi aseptisée qu’un téléfilm. Le choix des comédiens est en effet symptomatique de l’essence de ce film, qui tente à tout prix de transposer la ronde des intrigues amoureuses d’antan dans l’Amérique de nos jours. Car si certains réalisateurs disposent d’un talent affirmé pour trouver des gueules, Joss Whedon n’en fait certainement pas partie, avec cette galerie de physionomies quasiment interchangeables, toutes tributaires du même code esthétique de rigueur sur le petit écran. Il nous épargne alors l’effort de croire que Denzel Washington ait un quelconque lien de parenté avec Keanu Reeves, comme dans la version de 1993, mais l’uniformité physique des comédiens ne facilite nullement l’identification avec des personnages aux traits de caractère distincts.

A moins que ce ne soit le projet global du film qui nous rebute : faire tourner des proches de Whedon dans sa demeure luxueuse, en noir et blanc pour donner un cachet artistique à ce qui est au fond un petit film amateur. Les tentatives de la part de la mise en scène de gommer les anachronismes flagrants entre une trame narrative qui crie au scandale parce que la fiancée n’est plus vierge jusqu’au mariage et le contexte plus mondain et moderne du décor sont hélas minimes. Et les lacunes formelles deviennent péniblement flagrantes au plus tard lors de la grande confrontation à la première cérémonie de mariage. Le montage désordonné y démasque définitivement la charlatanerie de Joss Whedon, qui a visiblement une compréhension plus superficielle des œuvres de Shakespeare que le maître incontesté en la matière, Kenneth Branagh.

 

Vu le 20 janvier 2014, au Club de l'Etoile, en VO

★★★★☆☆☆☆☆☆ 4/10

Par Mulder 21/12/2013

En 1993 , le réalisateur Kenneth Branagh réussissait un exercice périlleux et totalement convaincant en adaptant sur grand écran la pièce de William Shakespeare Much Ado About Nothing (Beaucoup de bruits pour rien). Non seulement son film captait toute la force et beauté du texte Shakespearien mais également reposait sur un casting solide (Kenneth Branagh, Emma Thompson, Keanu Reeves, Kate Beckinsale, Robert Sean Leonard, Denzel Washington et Michael Keaton) et aussi sur une mise en scène et direction parfaites.

De nombreux réalisateurs comme lui ont fait de William Shakespeare l’écrivain le plus adapté sur grand écran. Joss Whedon auréolé du succès planétaire de Avengers (2012) et ayant fait ses premières armes à la télévision (Buffy contre les vampires, Angel, Firefly, Dollhouse) est depuis très longtemps passionné par cet écrivain . Il organise régulièrement chez lui des lectures de pièces de cet auteur. Son film résulte ainsi de ces deux facteurs et lui permet ainsi de profiter de sa notoriété pour faire connaître à un plus grand nombre de spectateurs la puissance des textes Shakespeariens. Loin d’être un nouveau blockbuster efficace, le film s’apparente plus à un film indépendant de qualité indéniable. En respectant scrupuleusement le texte, il transplante ainsi de nos jours cette histoire. L’utilisation du format noir et blanc est parfaitement en phase et sa réalisation suit ces personnages avec attachement. On reconnaît ainsi tout le génie d’un réalisateur capable de créer un univers réaliste et capable de prendre des risques quitte à perdre une partie de son public. Certes le rythme du film est assez lent mais c’est pour mieux décrire les personnages et leurs relations.

Joss Whedon par le biais de ce film revient ainsi aux sources de ce que devrait être un cinéma d’auteur où toute la justesse d’un film revient à des acteurs performants, un scénario brillant et une mise en scène parfaitement maîtrisée de bout en bout. Son nouveau film témoigne de la volonté d’un réalisateur de faire partager sa passion sincère pour Shakespeare. Il peut ainsi s’appuyer sur un casting brillant d’acteurs et amis avec lesquels il a déjà collaboré. Ce n’est donc pas un hasard fortuit de retrouver au sein du casting Amy Acker (série Angel, La cabane dans les bois), Alexis Denisof (série Buffy contre les vampires et Angel et Dollhouse), Nathan Fillion (série Firefly et Serenity), Clark Gregg (Avengers, série Marvel’s Agents of Shield), Reed Diamond (série Dollhouse) Et Fran Kranz (série Dollhouse, la cabane dans les bois). La mise en scène de Joss Whedon nous renvoie ainsi autant au cinéma indépendant des années 70 qu’à l’ambiance de série culte tel Twilight Zone par son sens de la mise en scène. Le réalisateur réussit donc non seulement à nous livrer un vrai film d’auteur mais également à nous transmettre sa passion dévorante pour un texte ancien mais pourtant toujours autant d’actualité. Le casting est tout simplement parfait et Amy Acker est tout simplement éblouissante dans son rôle.

Filmé dans sa propre demeure à Santa Monica (Californie), Joss Whedon a donc tiré parti d’un budget très réduit pour nous livrer son film le plus personnel à ce jour. L’adaptation de Whedon s’écarte par moments également de celle de Kenneth Branagh et est certes moins âpre et témoigne moins du côté noir des personnages. Le réalisateur et scénariste Joss Whedon fait également en sorte que le texte ne paraisse pas trop témoin d’un temps ancien et sonne moderne. Le tournage ne dura que douze jours mais le film n’en pâtît point. Au contraire la réussite visuelle, scénariste et le jeu des acteurs inspiré fait de ce film l’un des films incontournables de l’année 2014 que chaque classe devrait voir non seulement pour apprécier la force d’un cinéma fort et émouvant mais également pour comprendre l’importance et le plaisir que prend la plupart des comédiens à faire du théatre et à brûler les planches. Contrairement à beaucoup d’adaptations de pièces, le réalisateur n’oublie pas qu’un film a ses propres règles de mise en scène et ne doit en aucun cas être une simple pièce de théâtre filmé.

Cette comédie dramatique mettant en scène une cérémonie de mariage et les jeux de la conquête amoureuse est savoureuse en tout point et témoigne que le cinéma indépendant est en pleine forme, ose prendre des risques et surtout est rempli d’ un amour véritable et un respect loyal envers les auteurs dont ils s’inspirent. Joss Whedon montre également qu’adapter Shakespeare scrupuleusement ne nécessite pas un budget colossal mais plutôt un respect total envers le texte original quitte à l’adapter à notre époque. Toute la force du texte repose ainsi sur un sens inné de la mise en scène et des acteurs prenant un véritable plaisir à jouer ensemble.

Regarder et écouter les comédiens Amy Acket et Alexis Denisof épris secrètement l’un de l’autre est un plaisir total de cinéphile qui ne doit être raté sous aucun prétexte. Nous ne pouvons que remercier Joss Whedon pour ce film lyrique, intelligent et incontournable de l’année 2014.

Vu le 17 décembre 2013, au Club de l'Etoile, en VO

★★★★★★★★☆☆ 8/10

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