Cinquième pouvoir (Le)
Réalisé par Bill Condon (2013)
| Durée | 129 minutes |
| Sortie | 04/12/2013 |
| Note | 6/10 |
En rendant publics des documents confidentiels, ils ont fait vaciller les plus grands pouvoirs de la planète. La révélation d’informations ultra-secrètes explosives a mis en lumière un monde jusque-là inconnu. WikiLeaks a changé la donne à jamais. Comment Julian Assange, fondateur de WikiLeaks, et Daniel Domscheit-Berg, ont-ils pu obtenir ces documents ? Comment est né leur site qui, en quelques mois, a réussi à révéler bien plus de secrets que tous les plus grands médias officiels réunis ?
La critique
Par Mulder 28/12/2013
“I do not believe that this film is a good film.”
Julian Assange
Avant de donner notre avis sur ce thriller réussi, nous allons rapidement rappeler ce qu’est Wikileaks. Il s’agit en quelque sorte d’une association à but non lucratif dont le site internet a pour vocation de publier des documents et différents rapports aussi bien politiques que sociaux. Celle-ci repose sur le principe que l’information doit être donnée entièrement sans aucune censure. Elle a ainsi mis en avant des fuites d’information en ne communiquant jamais leur source mais en vérifiant les faits. Aussi bien défendu par le parti pirate suédois que Reporter sans frontières, de nombreux articles de cette association se sont vus relayés par de grands médias tels le Monde et The New York Times. On retiendra ainsi par exemple que Wikileaks a diffusé des informations très sensibles concernant aussi bien la Syrie que les Etats-Unis (affaire relative aux informations du militaire Bradley Manning en juin 2010).
Le film commence exactement en octobre 2010 et nous montre l’opposition entre le New York times, le journal Der piegel et The Guardian souhaitant mettre en même temps en ligne un article de Wikkileaks relatif à 400000 documents classifiés de l’armée américaines concernant la guerre en Iraq. Dès le début du film, la tension s’impose sur la force des médias mondiaux et leur fonctionnement. A partir de là, l’histoire nous renvoie à la première rencontre entre Julian Assange et Daniel Domscheit-Berg. Des débuts prometteurs de Wikileaks à sa chute, le film nous captive et nous intrigue par la complexité de son intrigue
Le film de Bill Condon (Candyman 2 (1995), Dreamgirls (2005), Twilight 4&5 (2011/2012)) à défaut d’être parfaitement réussi a la qualité de réanimer le flambeau des grands thrillers des années 70 tels Les Trois Jours du Condor (1975) et Les Hommes du Président de Alan J Pakula (1976).
L’histoire racontée s’inscrit ainsi parfaitement dans la lignée également du film Hackers (1995) et bien entendu du film incontournable de David Fincher Social Network (2010). Par d’astucieuses idées (telle cette salle de bureaux reproduites à l’infini) Bill Condon non seulement nous livre une mise en scène originale mais également captivante. Ce thriller limite futuriste a également la qualité de nous faire réfléchir sur la place des médias et sur leur liberté réelle. Certes Bill Condon n’est pas David Fincher et son film n’atteint pas le même niveau de réussite.
Pourtant, là où celui-ci marque des points ce n’est pas sur la base du scénario de Josh Singer imbriqué de différents pistes et d’idées certes intéressantes mais plutôt par la présence de deux immenses et jeunes comédiens Benedict Cumberbatch (Julian Assange) et Daniel Brühl (Daniel Domscheit-Berg). Le premier d’origine anglais s’est fait connaître mondialement par l’excellente série Sherlock Holmes et par son rôle dans Star Trek Into Darkness (2013) et la nouvelle trilogie du Hobbit. Le second d’origine allemande s’est imposé par l’intermédiaire des films Inglourious Basterds (2009) et Rush (2013) comme un acteur à suivre de près. Les nombreux échanges et prises de position de leurs personnages font toute la force et qualité de ce film.
En voulant garder un aspect social politique mondial, le film ne pourra pas plaire à tous car loin d’être de ces thrillers dans la mouvance d’un Jason Bourne, l’action n’est pas l’axe principal du film. Celui-ci est plutôt de montrer comment l’information devrait réellement circuler et comment la presse telles nos chaînes de télévision semblent être en étroite relation avec les politiciens en poste. Le film est également adapté de deux ouvrages celui du personnage interprété par Daniel Brühl (WikiLeaks: My Time With Julian Assange At The World's Most Dangerous Website) et de deux journalistes anglais David Leigh et Luke Harding (WikiLeaks: Inside Julian Assange's War On Secrecy). Cette confrontation opposée permet ainsi à ce film de confronter des points de vue différents.
Autant boudé par le public américain que surfant sur des critiques mitigées, ce film a pourtant le mérite de nous divertir intelligemment et de retrouver Benedict Cumberbatch , un comédien à suivre de près.
Vu le 04 décembre 2013 au Gaumont Opéra (côté Français), Salle 11, en VO