Weekend of a champion

Réalisé par Frank Simon (2013)

Documentaire sportif
Weekend of a champion
Durée 94 minutes
Sortie 18/12/2013
Note 6/10

En mai 1971 se tient à Monaco le Grand Prix de Formule 1. L’Ecossais Jackie Stewart, ancien champion du monde et premier du classement de la saison, est donné favori, à peine une semaine après un accident sans gravité. Mais les conditions météorologiques défavorables mettent en péril sa victoire. Pendant les trois jours de ce week-end décisif, le réalisateur Roman Polanski suit les moindres pas de son ami Stewart.

La critique

Par Tootpadu 12/11/2013

Entre le spectacle hautement commercialisé, formaté et sécurisé qui se déroule chaque année sur une vingtaine de circuits internationaux et le regard nostalgique dans le rétroviseur par le biais de la fiction dans le récent Rush de Ron Howard, il restait pour la Formule 1 un angle mort : un état des lieux pris sur le vif, depuis l’intérieur d’un sport qui ne nous a jamais vraiment intéressés, mais dont le potentiel d’exploitation cinématographique est considérable. C’est désormais chose faite grâce à ce documentaire, initialement sorti en catimini en 1972, et remonté depuis par son producteur Roman Polanski, le réalisateur Frank Simon étant décédé entre-temps. Weekend of a champion permet une plongée passionnante dans le quotidien d’un sportif de haut niveau, à une époque où pareil accès privilégié pouvait encore s’effectuer grâce à l’amitié, sans le filtre d’une image de marque qu’il faut promouvoir et maintenir à tout prix.

La Formule 1 au début des années 1970, c’était une épreuve mortellement périlleuse dont seulement une minorité des coureurs échappait indemne. Cet aspect casse-cou avait déjà été suffisamment souligné par le film cité plus haut. Ici, il prend toutefois une ampleur encore plus mélancolique, à travers l’épilogue d’une vingtaine de minutes au cours duquel les deux vieux amis Stewart et Polanski se remémorent les conditions aberrantes dans lesquelles se pratiquait cette aventure sportive à l’époque. La différence importante entre une conception quasiment amateur de la compétition, qui était jadis essentiellement une épreuve jusqu’à la mort mais pas dépourvue de camaraderie, et le simulacre d’un jeu vidéo dans la vraie vie, toujours plus vite et plus performant, devient également apparente lors du générique de fin, un plan en caméra embarquée d’un tour de circuit quarante ans plus tard.

Auparavant, nous avions déjà effectué un tour de piste aussi pertinent qu’instructif en compagnie du coureur et de son chroniquer, à l’avant-veille de la course. Car même pour les néophytes en la matière, il y a de quoi retenir quelques enseignements essentiels, transmis sans la moindre langue de bois, sur ce sport à haut risque. Le point majeur à retenir serait pour nous cependant le dévouement de Stewart envers sa discipline : ce moment de grâce d’à peu près deux heures de concentration intense pendant lequel rien d’autre ne compte que la victoire, remportée au bout du maintien de l’équilibre parfait entre l’homme et son bolide, à une vitesse endiablée. En dehors de la leçon universelle à tirer de cette excellence dans la passion, quelle qu’elle soit, le documentaire réussit également à évoquer succinctement les éléments annexes du grand cirque de la Formule 1.

Le flegme britannique de Jackie Stewart, ainsi que sa modestie, garantissent alors que le ton ne bascule pas vers une mise en perspective critique. Il s’agit davantage ici d’un dispositif de reconstitution, « comme si vous y étiez », sauf que la préoccupation de Frank Simon n’était logiquement pas de créer un spectacle interactif, mais au contraire de démystifier une machine à héros des temps modernes, qui a hélas perdu depuis autant de son âme qu’elle a gagné en garde-fous contre des accidents mortels.

 

Vu le 12 novembre 2013, à la Salle Pathé Lamennais, en VO

★★★★★★☆☆☆☆ 6/10

Retour à la liste des Critiques