Diana
Réalisé par Oliver Hirschbiegel (2013)
| Durée | 113 minutes |
| Sortie | 02/10/2013 |
| Note | 6/10 |
En 1995, Diana, la princesse de Galles, vit séparée de son mari, le prince Charles. Bien qu’elle ne veuille pas le divorce, elle ne supporte plus d’être mise à l’écart par la famille royale. C’est alors qu’elle fait par hasard la connaissance du docteur Hasnat Khan, un cardiologue ambitieux, dont elle finit par tomber amoureuse. Les amants réussissent à cacher leur relation des médias pendant quelques mois. Mais quand leur affaire éclate au grand jour, la femme la plus célèbre du monde ne sait pas comment garder intact son amour pour un homme, qui préférerait un style de vie plus discret.
La critique
Par Tootpadu 16/10/2013
Même les célébrités ont droit à leurs petits et grands tracas d’amour. L’identité des amoureux jouerait presque un rôle secondaire dans Diana, si ce n’était justement celle-ci qui rendait d’emblée impossible un épanouissement des sentiments. L’eau de rose qui coule à flots dans ce film, sans pour autant ignorer les hauts et les bas de toute relation amoureuse, ne réussit néanmoins pas à nous faire oublier qu’il s’agit d’une légende de la vie publique. Elle n’arrive pas à noyer le poisson de la reconstitution historique, aussi récente soit-elle, dans un idéalisme romantique, qui borde à la naïveté. Les deux impératifs du scénario – rester fidèle au vécu de la reine des cœurs, la réalité, et en même temps faire croire au coup de foudre et ses conséquences magiques, la fiction – étirent le récit dans deux directions opposées, que le destin a décidé de réunir tragiquement dans l’accident du Pont de l’Alma.
Le battage médiatique autour du film, qui allait jusqu’à accuser le distributeur français de mauvais goût parce qu’il avait planté des affiches du film tout près de l’endroit malheureux, donne cependant trop d’importance à une façon de conter les dernières années de Diana, qui fait plus dans le conte de fées que dans le règlement de compte avec tous ceux qui ont mené cette figure lumineuse vers une mort précoce. Le personnage principal paraît avant tout dépassé par l’attention que le public lui prête et n’y voit qu’un avantage pour faire avancer les causes qui lui tiennent à cœur. Au fond, elle n’est qu’une épouse délaissée, enfermée dans un cérémoniel contraignant auquel elle espère échapper en cherchant la seule chose que sa vilaine belle-famille lui a obstinément refusé : l’amour. Qu’elle l’a trouvé fait partie de la légende brillante de cette femme d’exception, alors que la manière dont elle l’a perdu ensuite est un testament déprimant de sa malédiction de proie permanente des paparazzi.
Pourtant, Diana n’était pas uniquement la victime innocente de la course au scoop. Tel que Naomi Watts l’interprète, avec une sincérité et une certaine grâce qui ne font pas immédiatement croire à un choix de rôle opportuniste, elle savait également manier les objectifs qui scrutaient ses moindres faits et gestes. Elle n’était pas dupe du rôle social qu’elle avait à jouer, quitte à mener une stratégie de communication publique parfois plus instinctive que mûrement réfléchie. Ce gain de maturité, qui laissait entrevoir un potentiel considérable en termes de l’impact de son travail humanitaire, mais aussi de sa volonté à rafistoler la relation avec son grand amour, a hélas été coupé court par l’accident fatidique. La mise en scène de Oliver Hirschbiegel ne s’adonne pourtant ni à une course contre la montre perdue d’avance, ni à une chronique morbide des derniers moments joyeux avant une fin atroce. Elle met en avant sans complexe l’histoire d’amour dans tout ce qu’elle a de plus touchant et de plus trivial. Un choix finalement assez judicieux, puisqu’il sera encore pour longtemps impossible de dresser un monument filmique adéquat de la princesse de Galles, sans tomber dans l’hagiographie plate et tendancieuse.
Vu le 15 octobre 2013, à l’UGC Ciné Cité La Défense, Salle 12, en VO