Vie d'Adèle Chapitres 1 et 2 (La)
Réalisé par Abdellatif Kechiche (2013)
| Durée | 180 minutes |
| Sortie | 09/10/2013 |
| Note | 6/10 |
Adèle est une adolescente ordinaire. Elle préfère écrire dans son journal intime ou étudier Marivaux, plutôt que de sortir avec des garçons. Elle finit par céder aux avances de Thomas, mais leur relation ne dure que peu de temps. Adèle découvre qu’elle se sent plus attirée par les filles en général, et par Emma en particulier. Emma est une étudiante aux Beaux-Arts de Lille, une jeune femme confiante et indépendante aux cheveux bleus, avec laquelle Adèle vivra une histoire torride.
La critique
Par Tootpadu 08/03/2014
Ayant découvert la Palme d’or de l’année dernière très tardivement, une fois qu’elle avait gagné ou plutôt perdu tous les prix pour lesquels elle était en lice, nous aurions presque tendance à être étonnés. Tout ça pour ça ?! La réputation sulfureuse de ce film-fleuve, ainsi que la controverse autour des conditions de tournage feraient presque oublier que La Vie d’Adèle Chapitres 1 et 2 est une œuvre tout à fait intimiste. Le personnage principal est de toutes les scènes. La caméra ne la quitte pratiquement jamais. Elle reste même collé à elle la plupart du temps, ce qui constitue à nos yeux un choix esthétique discutable. Toujours est-il que nous vivons pendant trois heures dans l’intimité de cette gamine, qui, par la force de l’amour – d’abord pour le meilleur et puis pour le pire –, devient une femme.
Le souffle épique, dont la narration de Abellatif Kechiche jouit indéniablement pour nous intéresser pendant un temps si considérable au sort d’un personnage au fond très passif, s’articule en trois temps. Difficile de voir où la coupure entre le premier et le deuxième chapitre interviendrait, puisque le récit suit au contraire la courbe classique des aventures romantiques : l’avant, le pendant, l’après. Chacune de ces étapes décisives contient son lot de moments de grâce cinématographique, sans oublier les nombreux renvois d’une époque à l’autre. Au début une élève plus ou moins attentive et impliquée dans ses cours, Adèle hérite ainsi à la fin du rôle moyennement enviable de prof qui devra faire régner l’ordre dans sa propre salle de classe. En même temps, on ressent aussi une volonté de la part de la mise en scène de brasser large, d’inclure tous les moments importants d’une relation fusionnelle, aussi répétitifs soient-ils.
Du coup, le propos du film risque parfois de s’égarer. Le jeu des ellipses temporelles s’avère un peu trop hardi pour traduire réellement une sensation de vécu au fil de cet âge crucial autour des vingt ans. Alors que la découverte de l’homosexualité suit un chemin aussi douloureux qu’euphorique, le sujet véritable du film ne se trouve apparemment pas là. Il s’agirait plutôt de montrer à quel point Adèle n’assume sa préférence sexuelle qu’à moitié, voire comment elle participe à détruire le bonheur qu’elle avait avec Emma en pratiquant un style de vie un brin déluré. Tout le mystère du personnage principal s’exprime à travers cette insouciance fatale, face à la prise de responsabilité que demande la vie en couple. Son manque de maturité conduira en quelque sorte Adèle à la fin du film au même endroit où elle était depuis le début : dans une position d’exclusion par rapport au groupe et de mélancolie profonde. La clef de voûte de la compréhension du personnage pourrait alors être ce besoin de se sentir inclus, de vaincre sa solitude affective. Le projet de toute une vie, peut-être condamné d’avance par des dispositions de caractère contre lesquelles il ne sert à rien de se battre, mais dans lequel cette femme meurtrie par la perte de l’amour échoue au moins temporairement.
Enfin, comment ne pas chanter les louanges d’Adèle Exarchopoulos, qui livre ici un tour de force d’une intensité remarquable. En fait, le film, c’est elle, tant elle impose sa présence fragile et touchante à chaque instant de cette histoire épique. Son interprétation est si extraordinaire qu’à ses côtés, personne ne sait s’imposer réellement. Ni Léa Seydoux, qui reste un peu trop fidèle au cliché de la lesbienne absorbée par son milieu artistique et intellectuel, ni des comédiens de renom comme Aurélien Recoing et Salim Kechiouche, que nous avons le plaisir de retrouver dans des emplois assez atypiques, mais qui sont démunis face au jeu à fleur de peau de Adèle Exarchopoulos.
Vu le 7 mars 2014, au Cinéma du Panthéon