Miele
Réalisé par Valeria Golino (2013)
| Durée | 97 minutes |
| Sortie | 25/09/2013 |
| Note | 6/10 |
Irene fait croire à son entourage qu’elle est étudiante. En réalité, elle participe sous le nom de code Miele à un programme illégal d’euthanasie. Grâce à un barbiturique pour chiens qu’elle achète au Mexique, elle aide des personnes atteintes d’une maladie grave à mourir dignement. Irene est convaincu du bien-fondé de son action. Jusqu’au jour où elle rencontre un nouveau client, le vieux Monsieur Grimaldi, qui souhaite rester seul pendant les dernières minutes de sa vie, contrairement au protocole que Miele et ses complices ont établi. Mais c’est un cas encore plus à part, puisque Grimaldi jouit d’une santé de fer et que seul l’ennui de la vie le pousse à vouloir en finir. Miele n’approuve nullement cette décision et cherche à récupérer le poison, vu qu’elle ne se considère pas comme une tueuse à gages.
La critique
Par Tootpadu 17/09/2013
S’il ne fallait juger Valeria Golino que par son travail d’actrice, il serait aisé de la considérer aussi insipide que les rôles qu’elle accepte dans des films globalement peu vigoureux. Jusqu’à présent, l’idée ne nous serait jamais venue à l’esprit de voir en elle autre chose qu’une actrice européenne serviable, qui végète désormais dans des productions sans envergure de son pays d’origine, après s’être fait brièvement un nom dans sa jeunesse du côté du cinéma hollywoodien. D’où notre surprise tout à fait agréable de la voir aux commandes d’un premier film sans concessions, qui ne badine ni avec la vie, ni avec la mort. Pour un film au sujet aussi morbide que l’euthanasie, Miele fait au contraire preuve d’une étonnante vitalité, comme si l’emploi de l’ange de la mort que le personnage principal remplit volontairement lui conférait un goût encore plus aigu pour la vie.
Le scénario nous laisse d’abord dans le doute quant à la voie qu’Irene a choisie pour subsister. Ce suspense initial, soutenu par une mise en scène à fleur de peau, facilite grandement l’identification avec un personnage qui aurait pu sembler irascible autrement. Cette femme libre n’a strictement rien d’une sainte, qui apporterait le cadeau littéralement empoisonné de la mort par miséricorde. Elle n’est pas pour autant insensible au côté humain d’une activité qu’il serait hautement cynique d’exercer machinalement et sans états d’âme. De ces derniers, elle sait se débarrasser en se défoulant dans des relations plus sexuelles qu’amoureuses, dans ses brasses matinales dans la mer devant sa porte, et surtout en ne jamais baissant la garde quand la tragédie humaine l’assaille de toute part. Grâce à l’interprétation remarquable de Jasmine Trinca, ce rôle respire pleinement la palette des contradictions qui constituent une existence, depuis l’innocence de la naissance jusqu’à la mort inéluctable.
Tout comme le personnage principal cache bien son jeu pour ne pas devoir se justifier devant son père, son amie et ses amants, la narration réussit à transformer le ton potentiellement lugubre du récit en une affirmation douce-amère de la vie. La volonté d’indépendance d’Irene s’y traduit par quelques trouvailles cinématographiques d’une poésie saisissante, comme ce flirt sans suite à travers une vitre. De même, les échanges de regards tourmentés en disent plus long sur le dilemme moral de fournir une mort tant soit peu paisible que tous les discours politiques réunis. D’ailleurs, c’est aussi par son absence de jugement que ce premier film se distingue positivement, en plus d’une maîtrise formelle tout à l’honneur d’une réalisatrice débutante, qui n’avait pourtant comme maîtres que des réalisateurs aussi honnêtes, mais point visionnaires, que Olivier Marchal, Emmanuele Crialese et Rodrigo Garcia.
Vu le 16 septembre 2013, au Club Marbeuf, en VO