Face à face
Réalisé par Mark Steven Johnson (2014)
| Durée | 91 minutes |
| Sortie | 10/02/2014 |
| Note | 5/10 |
Pendant la guerre de Bosnie, Emil Kovac faisait partie des Scorpions, des mercenaires serbes qui géraient sans la moindre humanité les camps d’internement de la population musulmane. Quand les unités spéciales américaines les ont pris d’assaut, Emil a été mis devant le peloton d’exécution du colonel Benjamin Ford. Laissé pour mort, il a pourtant pu retrouver une vie normale, sans jamais oublier ses tortionnaires. Ce n’est que quinze ans plus tard qu’Emil a pris connaissance de l’identité de Ford. Il vient le retrouver alors afin de se venger dans les montagnes des Appalaches, où Ford mène une vie recluse, ponctuée seulement par des parties de chasse à l’arc.
Les critiques
Par Mulder 24/09/2013
L’histoire du film est assez voire trop simpliste. De nos jours, deux vétérans de la guerre sale de Bosnie s’opposent dans un jeu mortel du chat et la souris en se faisant la guerre dans les Appalaches. Le script original datant du début des années 2000 avait pour nom initial Shrapnel et se déroulait dans les années 1970. Il devait permettre à John Travolta et Nicolas Cage (remplacé par Robert De Niro) de se retrouver après leur film culte Volte-Face sous la direction de John McTierman. Des années plus tard, le script est remanié par Evan Daugherty et le film réalisé par Mark Steven Johnson (Daredevil, Ghost Rider, When in Rome).
Cette production Corsan Productions/Nu Image/Millenium films malgré la présence de deux comédiens américains mondialement connus se révèle être une déception. Le scénariste Evan Daugherty (Blanche Neige et le chasseur) s’apparente à une simple chasse à l’homme d’une linéarité abrutissante. Nous sentons bien que le scénario n’est pas suffisamment élaboré pour nous tenir en haleine tout au long de ses quatre-vingt onze minutes. L’impression que tout le budget du film a été englouti par le salaire de ces deux acteurs est d’autant plus grande que le manque de personnages gravitant autour d’eux est réduit au strict minimum.
A l’heure actuelle où une place de cinéma est proche des quinze euros, ce film s’apparente plus à un direct video qu’à un film. Certes l’idée de montrer les atrocités de la guerre de Bosnie et ses retombées sont intéressantes mais de là à faire un film d’une telle lenteur et avec aussi peu d’intérêt est incompréhensible. Ce film arrive malheureusement trop tard également car il rappelle en effet cette partie de chasse du premier Rambo (First Blood). Ce film de Ted Kotcheff traitait aussi du retour en Amérique d’un soldat ayant connu les atrocités de la guerre. Malheureusement Killing season n’a ni l’épaisseur de trait des deux personnages principaux ni un suspense croissant et ni une ambiance angoissante pour retenir notre intérêt.
Killing Season porte ainsi bien son nom car celui-ci est d’un ennui mortel..
Vu le 6 septembre 2013, au Morny, Salle 2, Deauville, en VO
Par Tootpadu 06/09/2013
Aussi éclectique la sélection du festival de Deauville soit-elle, il est plutôt rare d’y trouver un film hollywoodien sans autre ambition que de divertir selon les règles établies d’avance de son genre. Jusqu’à présent, chacun des films vus pendant ce festival-ci visait avec plus ou moins d’adresse une sublimation de son sujet, soit en termes formels, soit en s’appliquant à restituer avec le plus de véracité possible l’état actuel des choses aux Etats-Unis. C’est le côté indépendant des films choisis qui veut sans doute cela, mais cette curieuse uniformité de la volonté de dénoter ignore à notre grand regret une conception plus jouissive et superficielle du cinéma américain. Car même les productions plus prestigieuses avaient pour cadre la Maison Blanche ou l’Histoire de l’inégalité raciale pendant le dernier demi-siècle, c’est-à-dire un cachet d’importance qui rajoutait une souche de sel sensible à leur nature popcorn.
La première séquence mise à part, qui nous rappelle que la guerre des Balkans dans les années 1990 est une de celles qui attendent toujours une représentation cinématographique à la hauteur des atrocités qui y furent commises, Killing season est un huis-clos à l’ancienne pas dépourvu d’intérêt. La guerre des nerfs que se livrent les deux personnages principaux reste plutôt intense, malgré les nombreux revirements du scénario serviable. Et une fois que nous avons fait la paix avec l’accent discutable de John Travolta, plus rien ne nous empêche de l’admirer dans un échange tendu avec le pas moins impressionnant Robert De Niro. Car c’est avant tout en tant que numéro d’acteur plus que respectable que le film remplit amplement son contrat.
D’ailleurs, si ce n’était pour l’investissement louable de ces deux comédiens de légende, le récit accuserait rapidement le coup d’une anémie préoccupante au niveau des motivations des adversaires. Emil Kovac avait certes emmagasiné sa haine et sa rancune depuis des années, mais le déroulé de sa chasse à l’homme est si désordonné que l’on pourrait presque croire à un commando suicide. Or, pour soutenir une telle visée crépusculaire, ni la mise en scène de Mark Steven Johnson – au moins plus acceptable que lors de la bouse de son début de carrière qui était Daredevil –, ni le scénario de plus en plus aberrant ne vont creuser assez profondément dans la psychologie des personnages. Le film se trouve par conséquent écartelé maladroitement entre un thriller en plein air tout à fait prévisible et une volonté trop hésitante à promouvoir le pardon, plutôt qu’un massacre grandiloquent.
Vu le 6 septembre 2013, au Morny, Salle 2, Deauville, en VO