
| Titre original: | Borderline |
| Réalisateur: | Jimmy Warden |
| Sortie: | Vod |
| Durée: | 95 minutes |
| Date: | Non communiquée |
| Note: |
Borderline fait partie de ces films qui semblent instantanément destinés à devenir cultes, non pas parce qu'ils sont parfaits, mais parce qu'ils sont désordonnés, audacieux et impossibles à ignorer. Réalisé par Jimmy Warden, dont le scénario de Cocaine Bear a démontré son goût pour les interprétations absurdes des horreurs de la vie réelle, le film s'inspire librement de l'histoire vraie du célèbre harceleur de Madonna dans les années 1990. Mais ce qui aurait pu être un thriller psychologique mordant sur l'obsession et la culture des célébrités devient plutôt un cocktail déjanté de kitsch, d'horreur et d'humour noir qui oscille sauvagement entre les tons. Le film donne l'impression de zapper entre un slasher tardif, un sketch parodique de MTV et un thriller glamour de Lifetime : frustrant par moments, certes, mais souvent perversement divertissant.
Dans le rôle de Sofia, la superstar pop fictive clairement inspirée de Madonna, Samara Weaving se retrouve une fois de plus dans la peau d'une Scream queen, même si le personnage qu'elle incarne est peu développé. Sofia est une diva qui attire l'attention mais qui révèle rarement ce qui se cache derrière son apparence glamour. Samara Weaving insuffle toutefois de petites étincelles d'humanité et d'humour à son personnage, en particulier dans les moments où ses réactions face à la folie qui l'entoure deviennent des punchlines. C'est un rôle qui semble taillé sur mesure pour quelqu'un de son charisme : elle brille lorsqu'elle est contrainte de se battre avec ses ravisseurs ou lorsqu'elle se retrouve plongée dans des scènes comiques surréalistes, comme un duo déjanté sur It's All Coming Back to Me Now de Celine Dion. Pourtant, pour un film qui repose sur son statut de star, Sofia ne donne jamais vraiment l'impression d'être une icône pop à part entière, ce qui oblige Samara Weaving à en faire plus qu'il ne faudrait pour retenir notre attention.
La véritable force gravitationnelle du film est Ray Nicholson dans le rôle de Paul Duerson, un harceleur amoureux qui se voit comme le mari destiné à Sofia. Ray Nicholson incarne Paul avec une imprévisibilité maniaque qui fait écho à son père Jack Nicholson, en particulier dans ces sourires dérangeants directement à la caméra, mais il y ajoute son propre charme pathétique. Son Paul est terrifiant précisément parce qu'il est absurde : un homme en smoking froissé qui danse comme Tom Cruise dans Risky Business une minute et brandit un couteau la minute d'après. Ray Nicholson s'investit tellement que même lorsque le scénario perd le fil, on ne peut détourner le regard. Il est clair qu'il comprend le paradoxe du personnage, à savoir que Paul est à la fois ridicule et dangereux, et c'est cette tension qui le rend magnétique.
Mais la plus agréable surprise du film est peut-être Alba Baptista dans le rôle de Penny, la compagne de Paul, également évadée d'un établissement psychiatrique, qui se prend pour Harley Quinn. Alba Baptista traverse le film avec une énergie maniaque et chaotique, offrant une performance qui électrise instantanément l'écran. Qu'elle exige de Sofia qu'elle se joigne à elle pour chanter une chanson de Céline Dion en karaoké ou qu'elle intensifie la violence avec un sadisme joyeux, Penny incarne le chaos caricatural que le film suggère souvent mais rarement maintient. Alba Baptista se jette sans hésitation dans l'absurde et, à bien des égards, elle est la véritable étincelle du film. À ses côtés, Jimmie Fails apporte un humour malicieux et pince-sans-rire dans le rôle de Rhodes, le petit ami basketteur de Sofia, qui vole la vedette avec sa vulnérabilité et son sens du comique. Et puis il y a Eric Dane dans le rôle de Bell, le garde du corps de Sofia, qui ramène le chaos à la réalité avec sa présence stoïque et devient la boussole morale improbable du film.
Ce qui empêche Borderline d'atteindre le statut de véritable film culte, c'est l'incapacité de Jimmy Warden à trouver le ton juste. Le film oscille si brusquement entre la parodie et le thriller qu'il sape souvent son propre suspense. Un instant, nous assistons à une intrusion domestique tendue qui pourrait tout à fait s'intégrer dans un thriller de harcèlement des années 90 comme The Fan ; l'instant d'après, nous sommes plongés dans un gag surréaliste mettant en scène des policiers à vélo qui répètent des auditions de théâtre dans la rue. Ces digressions peuvent être amusantes prises isolément, mais mises bout à bout, elles donnent au film l'impression d'être une série de sketches plutôt qu'un récit cohérent. Le décor des années 90 est également étrangement sous-exploité. À part quelques références musicales et gags visuels, comme un puzzle représentant Junior, le film ne nous plonge jamais dans le tissu culturel de l'époque. Pour une histoire qui veut clairement s'inspirer de la culture des célébrités des années 90, ce manque de spécificité semble être une occasion manquée.
Il est toutefois impossible de ne pas admirer l'audace du film. Jimmy Warden réalise avec une sensibilité digne d'un clip vidéo, remplissant l'écran d'images brillantes et de montages dynamiques qui maintiennent l'énergie même lorsque l'histoire faiblit. Les acteurs, totalement investis dans cette folie, élèvent un scénario qui aurait pu s'effondrer sous le poids de ses propres contradictions. Et si le film trébuche dans son traitement de la maladie mentale, jouant trop souvent sur les délires et l'obsession pour faire rire, il oblige au moins les spectateurs à se confronter à la question dérangeante de savoir jusqu'où peut aller le fanatisme lorsqu'il est brouillé par le sentiment d'avoir des droits et l'obsession. En regardant Paul, incarné par Nicholson, orchestrer son fantasme grotesque de mariage, on ne peut s'empêcher de penser à la façon dont la culture des célébrités dans les années 90 – et aujourd'hui encore – se nourrit de relations parasociales qui, dans leurs extrêmes les plus sombres, peuvent devenir dangereuses.
Après avoir regardé Borderline, on se souvent de ces étranges découvertes VHS de notre adolescence, ces films dont on ne savait pas trop s'ils étaient bons, mais qu'on ne pouvait pas oublier. Ce film a cette même qualité d'objet trouvé , à la fois jetable et inoubliable. Samara Weaving, Ray Nicholson, Alba Baptista, Eric Dane et Jimmie Fails se jettent tous dans le chaos avec un tel enthousiasme que l'on se laisse emporter malgré les failles du récit. Borderline n'est en aucun cas un film raffiné ou profond, mais c'est le genre de curiosité cinématographique qui se nourrit de ses contradictions : ridicule mais violent, kitsch mais dérangeant, superficiel mais étrangement conscient de lui-même. En d'autres termes, c'est un film qui, à l'image de son anti-héros délirant, exige l'attention même lorsqu'il ne la mérite pas pleinement.
Borderline
Écrit et réalisé par Jimmy Warden
Produit par Tom Ackerley, Josey McNamara, Hadeel Reda, Brian Duffield
Avec Samara Weaving, Ray Nicholson, Jimmie Fails, Alba Baptista, Eric Dane
Directeur de la photographie : Michael Alden Lloyd
Montage : Joe Galdo
Musique : Mondo Boys
Sociétés de production : LuckyChap Entertainment, Red A Entertainment, Jurassic Party, Roscoe Pictures, Productivity Media
Distribué par Magnet Releasing (Etats-Unis)
Date de sortie : 14 mars 2025 (États-Unis)
Durée : 95 minutes
Vu le 18 aout 2025 (screener presse)
Note de Mulder: