Shérif Jackson
Réalisé par Logan Miller (2013)
| Durée | 95 minutes |
| Sortie | 09/10/2013 |
| Note | 7/10 |
Dans les plaines arides du Nouveau-Mexique, le fermier Miguel Ramirez peine à rendre profitable son exploitation agricole. S’il ne se fait pas escroquer par le banquier qui réclame la moitié de sa misérable fortune en frais, et si sa récolte n’est pas entamée par les moutons de son voisin, le prophète autoproclamé Josiah, c’est sa femme Sarah, une ancienne prostituée, qui lui apprend qu’elle est enceinte. Ramirez tente de résister, mais il finit par être balayé par la haine de Josiah. Dès lors, plus personne n’ose tenir tête dans la région à ce fanatique raciste, jusqu’à l’arrivée de l’extravagant Shérif Jackson dans la ville de Terre Sainte. L’homme de loi y a été dépêché par le gouverneur, afin d’enquêter sur la disparition mystérieuse des frères Jacob et Levi.
Les critiques
Par Mulder 12/09/2013
Quatre années après avoir réalisé Touching Home, Logan Miller retrouve son acteur fétiche Ed Harris et signe une nouvelle fois le script avec son frère jumeau Noah. Cette douce vengeance (Sweet Vengeance est le titre original de ce film) se déroule au Nouveau Mexique, terre désertique dans laquelle Sarah (January Jones) une ancienne prostituée suite à l’assassinat de son mari Miguel (Eduardo Noriega) par le prophète Josiah (Jason Isaacs) décide de faire sa propre justice. Sa route croisera celle d’un Shérif hors norme nommé Jackson (Ed Harris).
Curieux choix de donner le titre français du film à un personnage secondaire même si il est interprété par l’excellent comédien Ed Harris. En effet, toute la force et l’intérêt du film tient à la performance magnifique de January Jones sublimée par des paysages somptueux. Le film de Logan Miller est ainsi un des plus beaux hommages que l’on puisse rendre à un genre tombé en désuétude malgré de gros succès au box office dans le passé. Ce western au féminin nous renvoie à l’âge d’or des grands films de Sergio Leone ou Sam Peckinpah.
Certes, il s’agit ici d’un film indépendant et cela se ressent dans le peu de décors disponibles et de scènes d’action efficacement réalisées mais le plaisir pris à suivre cette femme à retrouver sa fierté est synonyme d’un film réussi et très efficace. Loin de la surenchère actuelle de films élaborés par le département marketing de grands studios, nous retrouvons ici un cinéma sans fioriture, brillamment interprété et construit avec minutie.
Nous ne pouvons que trop vous conseiller de voir ce film au cinéma pour en apprécier toute sa subtilité.
Vu le 1 septembre 2013, au C.I.D., Deauville, en VO
Par Tootpadu 02/09/2013
Les westerns sont depuis si longtemps une denrée rare, que l’on serait tenté de crier au miracle à chaque sortie d’un nouveau représentant de ce genre en éternelle agonie. La confiance des producteurs en ces épopées typiquement américaines est si fragile, qu’il faudrait remonter de près d’un demi-siècle dans le temps pour trouver un contexte assez prolifique pour établir une grille de comparaison représentative de la richesse du genre. Facile alors de tomber dans le piège de considérer comme un chef-d’œuvre chaque nouveau western à peu près potable qui se pointe de nulle part, simplement parce que tout le pan des petites productions alimentaires de série B fait désormais défaut à l’élaboration d’une appréciation globale et à une mise en perspective exhaustive. Ainsi, le deuxième film de Logan Miller, créé en étroite collaboration avec son frère jumeau Noah, est tout ce qu’il y a de plus solide, sans que l’on puisse toutefois lui faire de compliment plus chaleureux que celui d’une symbiose acceptable entre les folies de vengeance chez Quentin Tarantino et l’esthétique épurée de Kelly Reichardt ou Mateo Gil.
L’équilibre délicat entre la grandiloquence manichéenne avec ses bons et ses méchants plus grands que nature et une vision dépourvue d’illusions sur la dureté de la vie dans l’Ouest américain compte parmi les accomplissements majeurs de Shérif Jackson. Les personnages ont beau être hauts en couleur, ils se nourrissent d’un rapport direct au terroir qui permet à leurs emplois caricaturaux de jouir d’une certaine authenticité. La surenchère visuelle, à l’ordre du jour dans les westerns spaghetti et leur aspect poisseux, ne figure point dans le vocabulaire cinématographique du réalisateur, qui privilégie plutôt une approche entre la sobriété et l’absurde. En effet, l’élan destructeur de l’histoire prépare progressivement le terrain pour le ton de la dérision, normalement inapproprié en dehors de la parodie. Sauf dans des films comme celui-ci, entièrement conscients de l’excès passager qu’ils se permettent avec une espièglerie proche de l’humour noir.
Sous réserve de l’élimination un peu trop facile des acolytes du Mal, le récit suit donc stoïquement son chemin vers un dénouement sans salut pour personne. Ce pessimisme au second degré ne participera guère à la réinvention du genre. Il sait par contre garder intact notre espoir indécrottable qu’un jour, lointain sans aucun doute, le western renaîtra réellement de ses cendres avec plus de deux, trois films honorables par an.
Vu le 2 septembre 2013, au Casino, Deauville, en VO