Père tranquille (Le)

Réalisé par René Clément (1946)

Drame historique
Père tranquille (Le)
Durée 98 minutes
Sortie 30/09/1946
Note 5/10

Sous l’occupation, dans le petit village endormi de Mouissan, l’assureur Edouard Martin mène une existence à l’écart de tout engagement politique, plus préoccupé par la santé de ses orchidées que par les attentats qui ébranlent la région. Au bistrot où il se rend tous les jours pour jouer aux cartes, on l’appelle même « le père tranquille ». Derrière cette apparence indifférente, Martin cache pourtant bien son véritable rôle de chef de réseau de la Résistance. Quand un agent allemand se met à recruter les jeunes patriotes du patelin pour mieux les piéger avec l’aide de l’occupant, Martin décide de s’en débarrasser.

La critique

Par Tootpadu 27/06/2013

Si un cinéma français indépendant et libre avait existé pendant la guerre, il aurait pu s’enorgueillir de produire des films de propagande purs et durs comme celui-ci. Sorti plus d’un an après l’armistice, le deuxième film du réalisateur René Clément a déjà dû paraître un petit peu anachronique à ce moment-là, tant il s’adonne sans la moindre retenue au portrait manichéen de l’occupation. Alors que la guerre était finie depuis un certain temps, l’approche héroïque du conflit, pendant lequel tous les Français, sans exception, auraient été exempts du moindre soupçon de collaboration avec l’ennemi, prend un air de revanche sur le tard de la part d’une cinématographie nationale, qui n’a pas pu s’exprimer directement en temps réel. Il n’est par conséquent point étonnant que la vedette de l’époque Noël-Noël se donne le beau rôle dans le genre de conte amplement réconfortant pour le chauvinisme à la française, dans lequel on trouverait de nos jours – le contexte historique en moins – un comédien de la trempe de Gérard Jugnot.

Relégué au simple poste de réalisateur technique, aux bons soins de l’acteur principal, René Clément n’a pas dû être heureux avec cette histoire consensuelle au possible, en parfaite contradiction avec l’aspiration au réalisme documentaire de son film précédent, La Bataille du rail. Il s’acquitte néanmoins convenablement de la tâche de mener l’intrigue, bien franchouillarde comme il faut, à travers les hauts et les bas de l’existence mouvementée d’un résistant qui cache bien son jeu. Le ton y est presque à la comédie champêtre, puisque le plus grand danger pour le protagoniste n’émane guère des vilains Allemands, mais d’une épouse qui le dorlote trop, même pour un prétendu hypocondriaque ringard.

Malgré son charme vieillot certain, Le Père tranquille est donc surtout un film qui en dit plus long sur l’aveuglement patriotique d’une certaine France pendant l’immédiat après-guerre que sur les véritables conditions périlleuses du combat armé dans le maquis. Devenir résistant y paraît comme un jeu d’enfant, auquel l’adversaire perd presque toujours, alors que la réalité des premières années de l’occupation a dû être sensiblement moins glorieuse.

 

Vu le 27 juin 2013, à la Cinémathèque Française, Salle Henri Langlois

★★★★★☆☆☆☆☆ 5/10

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