Carlos

Réalisé par Olivier Assayas (2010)

Drame historique
Carlos
Durée 164 minutes
Sortie 07/07/2010
Note 7/10

En 1973, le Vénézuélien Ilich Ramirez Sanchez intègre le réseau clandestin du Front populaire de libération de la Palestine. Sous le nom de guerre de "Carlos", il participe aux attentats terroristes contre des cibles capitalistes ou zionistes sur le continent européen. Après avoir exécuté à Paris le traître qui l'avait dénoncé auprès de la Direction de la surveillance du territoire, Carlos, intransigeant et indiscipliné, est chargé par Wadie Haddad en 1975 d'organiser la première opération d'envergure du réseau : la prise d'otages de onze ministres de l'énergie des pays de l'OPEP, en congrès à Vienne.

La critique

Par Tootpadu 16/08/2010

Dans sa version tronquée, sortie au cinéma après que la série de plus de cinq heures, produite par Canal +, avait fait sensation au dernier festival de Cannes, Carlos donne au mieux un aperçu partiel de l’un des terroristes les plus célèbres et redoutés de l’avant-11 septembre 2001. Le personnage central de cette fresque de l’Histoire récente, à la fois épique et intimiste, est en effet trop complexe, voire contradictoire, pour qu’on puisse le saisir entièrement en si peu de temps. Ilich Ramirez Sanchez, vu à travers les yeux d’Olivier Assayas, est assurément un crâneur, imbu de sa propre personne et du rôle qu’il s’efforce de jouer dans l’histoire trouble du terrorisme d’origine idéologique des années 1970. En dehors de cette certitude par contre, la sélection d’actions et d’omissions de la part de Carlos, qui a trouvé son chemin jusque dans cette version filmique, en dresse un portrait pour le moins ambigu, mais justement passionnant dans sa complexité.
La période d’activité de Carlos, à savoir celle où ses missions violentes semaient la panique dans toute l’Europe, ne dure en effet pas assez longtemps pour soit le diaboliser comme un forcené dangereux, soit l’ériger en symbole d’une démarche radicale à l’état pur. Le demi-échec de la mission viennoise – qui est par ailleurs au moins autant de sa faute que de celle des imprévus logistiques et politiques, souvent à l’œuvre dans ce genre de situation explosive (cf. les échecs cuisants de Mogadiscio et de Entebbe) – brise en quelque sorte la trajectoire brillante qui s’offrait à lui. Dès lors indirectement hanté par sa gestion après tout diplomate de la crise, il base son influence sur sa réputation et son prestige international, plus que sur son efficacité réelle sur le terrain d’une guerre de guérilla, qui était de toute façon perdue avec l’avènement des années 1980 et son retour à l’ordre établi. Son attitude de plus en plus pitoyable est celle de quelqu’un qui veut se raccrocher coûte que coûte à la gloire passée. Elle est ainsi rythmée par des interventions chirurgicales pour corriger ses excès de luxure et de gourmandise, au lieu d’être soumise au quotidien stressant du fugitif le plus recherché du continent européen. Il manque alors à Carlos la lucidité requise pour comprendre que son parcours fulgurant ne reposait pas uniquement sur sa volonté d’acier, mais qu’il était au moins autant le produit d’une opportunité, spécifique à une fenêtre historique limitée dans le temps. Son frère d’armes Angie ne se fait guère les mêmes illusions, puisqu’il a accepté bien longtemps avant Carlos le fonctionnement impitoyable et en fin de compte néfaste du réseau terroriste.
Cette différence de perception, entre la résignation nostalgique et l’entêtement en dépit des signes du temps qui indiquent que Carlos et sa bande deviennent de plus en plus obsolètes, s’inscrit dans un projet narratif plus ample. L’accomplissement véritable d’Olivier Assayas consiste en effet à tendre un arc à travers son épopée, qui nous fait ressentir le passage du temps et les bouleversements historiques, au lieu de nous les montrer platement. Il y a certes les quelques documents d’archives, qui ponctuent le récit. Mais la sensation de vieillissement et de perte de la capacité d’adaptation à la nouvelle donne de l’échiquier international ressort surtout de la déchéance progressive de Carlos, auparavant au cœur de l’action, et à la fin pas plus que le pensionnaire embarrassant des régimes sans scrupules.

Vu le 5 août 2010, au MK2 Hautefeuille, Salle 4, en VO

★★★★★★★☆☆☆ 7/10

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