Rampart
Réalisé par Oren Moverman (2013)
| Durée | 108 minutes |
| Sortie | 03/07/2013 |
| Note | 5/10 |
En 1999, la police de Los Angeles est sous les feux des projecteurs à cause du scandale Rampart, une gigantesque affaire de corruption qui risque d’entacher pour longtemps la réputation des forces de l’ordre californiennes. Dans ce climat de suspicion et de frilosité, les méthodes musclées de l’officier Dave Brown dérangent. Quand Brown est filmé en train de tabasser un conducteur dont la voiture avait percuté la sienne, il risque la suspension et des poursuites judiciaires. Alors que Brown entame une descente aux enfers en termes privés et professionnels, ses supérieurs se complaisent à le maintenir dans ses fonctions, afin de détourner l’attention médiatique des vrais problèmes qui fâchent.
La critique
Par Tootpadu 17/06/2013
L’écrivain James Ellroy est en quelque sorte la mauvaise conscience de la police de Los Angeles. Par le biais de son travail littéraire, il n’exprime pas seulement son admiration pour ces fonctionnaires mal aimés et mal payés, qui forment la seule et unique ligne de défense dont dispose une population, pourtant toujours méfiante à leur égard, contre le crime, barbare ou organisé. Il met aussi le doigt là où ça fait mal : dans la plaie d’un malaise moral profond, qui ronge à petit feu ces hommes et ces femmes autrefois idéalistes, qui sont devenus, au bout de quelques années d’une carrière qui ne mène nulle part, aussi cyniques et violents que leurs adversaires de l’autre côté de la loi. Co-signé par James Ellroy, le scénario du deuxième film du réalisateur Oren Moverman raconte l’histoire d’un de ces flics antipathiques, sans honneur et sans code de conduite, qui prend presque du plaisir à torpiller à la moindre occasion l’image caricaturale du héros en uniforme.
L’interprétation de Woody Harrelson dans le rôle de Dave Brown est pour beaucoup dans la réussite partielle de Rampart. Sans atteindre le même degré d’intensité, près des sommets de l’art dramatique, que Harvey Keitel dans un emploi semblable en tant que Bad lieutenant chez Abel Ferrara, son jeu est néanmoins exempt de la moindre complaisance narcissique. Son personnage a beau aspirer à une liberté factice, avec son style de vie libertin et son aura d’homme intouchable, en mesure de transformer chaque piège légal en avantage, il n’en reste pas moins un homme frustré dans tous les domaines de son existence.
Hélas, ce portrait sans fard d’une aberration dans le système policier de Los Angeles, si peu empressé de faire table rase d’un passé guère glorieux que les choses ne sont pas près de changer pour de bon, pâtit considérablement d’une mise en scène aux tics formels souvent incompréhensibles. C’est en effet le jour et la nuit entre le premier film de Oren Moverman, le magnifique The Messenger, qui nous avait subjugué par sa vigueur émotionnelle, et celui-ci, un polar conventionnel à la narration passablement affectée. Surtout certains choix visuels, tels un nombre important de cadrages abscons ou des mouvements de caméra inutilement déroutants comme dans la séquence chez le procureur général, diluent irrémédiablement le propos d’un film qui aurait probablement été plus poignant sans eux.
En tant que spectateur en France, nous nous trouvons donc dans la situation paradoxale de pouvoir découvrir ce film-ci au cinéma – lors d’une sortie estivale soit, mais c’est toujours mieux que rien –, tandis que le véritable chef-d’œuvre de son réalisateur a dû se contenter d’une misérable sortie en vidéo, trois ans après sa sortie américaine.
Vu le 10 juin 2013, au Metro, en VO