Stoker

Réalisé par Park Chan-wook (2013)

Thriller
Stoker
Durée 99 minutes
Sortie 01/05/2013
Note 5/10

India Stoker est une adolescente hypersensible, qui n’aime pas qu’on la touche et qui dispose d’une acuité auditive et visuelle hors normes. Alors que sa mère Evelyn n’a jamais su l’aimer, son père Richard a passé des moments privilégies avec elle lors de leurs parties de chasse. Quand son père meurt soudainement dans un accident de voiture, le jour de son dix-huitième anniversaire, India est d’abord inconsolable. L’arrivée de son oncle Charlie juste après l’enterrement, un homme dont elle ignorait tout jusqu’à présent et qui s’installe dans la demeure familiale, bouleverse de fond en comble le quotidien de cette fille solitaire.

La critique

Par Tootpadu 27/03/2013

L’oncle Charles est de retour ! Avec cette remarque, nous ne faisons bien sûr pas référence au dernier film de Etienne Chatiliez, sorti il y a un an et – comme il le mérite – aussitôt oublié, mais à l’un des méchants les plus mémorables de l’œuvre de Alfred Hitchcock : l’oncle Charlie de L’Ombre d’un doute. Le premier film anglophone du réalisateur coréen Park Chan-wook a visiblement pris ce chef-d’œuvre du suspense comme exemple, hélas pour mieux souligner à quel point l’art de la narration selon Hitchcock reste inégalé. Le lien étroit qui lie India à son oncle mystérieux est exploré dans Stoker avec une pesanteur et un goût prononcé pour l’explication superflue auxquels le maître du thriller ne se serait jamais rabaissé. Au lieu d’entretenir discrètement l’ambiguïté de cette relation malsaine, la mise en scène s’emploie à en expliciter le moindre détail, quitte à revenir en arrière pour s’assurer que même les spectateurs les moins perspicaces aient compris les tenants et les aboutissants de l’intrigue, qui s’écroule alors comme un château de cartes.
Les tics formels du générique du début, qui sont maladroitement réverbérés à la fin par le biais du déroulement de haut en bas, auraient dû nous mettre la puce à l’oreille que, malheureusement, Park Chan-wook persiste dans sa voie erronée d’une esthétique creuse et vaine. En dépit de l’agilité excessive de la caméra, le récit sait initialement préserver une aura passablement mystérieuse. Nous redoutons que ce charmeur venu de nulle part poursuit un dessein maléfique, mais l’incertitude sur le rôle que l’héroïne aura à y jouer est au moins temporairement le garant d’un ton qui nous met mal à l’aise. Le point de basculement au bout d’une petite heure de film, quand India ose enfin s’affranchir de ses inhibitions et quand le revirement vers l’univers de l’autre Stoker, l’auteur de « Dracula », aurait été le plus plausible, sonne à notre grand dam le glas des rares subtilités dont la réalisation s’était montrée capable jusque là. Dès lors, il s’agit d’anéantir tout ce qui relevait de l’interrogation ou du doute pour aplatir de bout en bout un univers truffé de recoins agréablement poisseux auparavant. Etaler tout le passé de l’oncle ténébreux ; passer à l’acte d’une sexualité refoulée chez l’adolescente à travers une séquence aussi triviale que celle du voyeurisme masturbatoire de Norman Bates dans le remake bâclé de Psychose par Gus Van Sant ; montrer comment toutes les personnages gênants sont morts : si cette démarche forcenée n’était pas si frustrante, elle séduirait presque par son côté systématique et dépourvu d’états d’âme.
Au vu de ce film très inégal, à l’image des interprétations qui vont du joyeusement grotesque (Nicole Kidman) au purement anecdotique (Harmony Korine et Judith Godrèche), Park Chan-wook reste pour nous l’homme d’un seul film marquant : Old boy. Plutôt que chercher à renouer avec ce coup de poing cinématographique – que les Américains vont enfin récupérer au bout de dix ans, grâce au remake de Spike Lee qui devrait sortir dans six mois –, le réalisateur a tendance à se fourvoyer dans un style ampoulé et des histoires absconses qui dévoilent sans finesse le côté sombre de l’homme.

Vu le 26 mars 2013, au Club 13, en VO

★★★★★☆☆☆☆☆ 5/10

Retour à la liste des Critiques