Paradis Amour

Réalisé par Ulrich Seidl (2013)

Drame, Interdit aux moins de 16 ans
Paradis Amour
Durée 121 minutes
Sortie 09/01/2013
Note 6/10

Téresa travaille avec des personnes handicapées mentales en Autriche. Vivant seule avec sa fille pubère, cette quinquagénaire espère se reposer, voire trouver l’amour pendant ses vacances au Kenya. Une fois sa fille et son chat déposés chez sa sœur, elle part à l’aventure dans un hôtel de luxe au bord de la mer. Bien que l’amie avec laquelle elle est partie lui vante les attributs sexuels des hommes locaux, Téresa se sent d’abord gênée par le comportement insistant des vendeurs à la plage. Elle finit par céder à leurs avances. Mais au fil des déceptions, elle devra se rendre à l’évidence : elle ne trouvera guère plus que du sexe contre rémunération dans ce paradis exotique.

La critique

Par Tootpadu 11/02/2013

Le réalisateur autrichien Ulrich Seidl n’est pas le premier à s’offusquer du tourisme sexuel au féminin, qui donne l’illusion du maintien de leur attrait sexuel aux femmes dont l’âge dépasse la date de péremption pour encore paraître désirable aux yeux de la gente masculine occidentale. Contrairement au remarquable Vers le sud de Laurent Cantet, ce film-ci ne tire aucune jouissance des rapports de dépendance dégradants qui lient les gigolos africains à leurs mamans européennes. Les vacancières ont beau ne pas être dupes, elles n’ont pas toutes laissé leurs scrupules et leur morale chez elle, dans un quotidien autrichien qu’on devine terne et déprimant. C’est de ce faux espoir, maintes fois déçu, que naît la tragédie de Paradis : Amour et non pas d’une forme de prostitution certes codifiée, mais pas plus innocente que celle qui fonctionne depuis des siècles en Europe, où ce sont les hommes qui vont voir les putes.
La naïveté de Téresa a forcément un arrière-goût amer, dans le contexte d’un clivage social dont la mise en scène cynique de Ulrich Seidl ne manque pas le moindre détail. Consciente des failles de son physique peu avantageux, et donc nullement aussi sûre d’elle qu’a pu l’être le personnage de Charlotte Rampling – la plus radieuse des actrices d’un certain âge – dans le film précité, cette femme frustrée tombe néanmoins corps et âme dans le piège d’un bonheur érotique des plus artificiels. Le pire dans cet engrenage implacable de l’exploitation, à la fois du porte-monnaie de la femme blanche et des corps dénudés des hommes noirs, est alors que Téresa provoque encore et encore des rencontres, dont elle devrait pourtant connaître à force l’issue malheureuse. Cette spirale pessimiste vers la solitude absolue, peut-être plus pénible qu’une existence très médiocre dans un quotidien autrichien toujours aussi morose, atteint son paroxysme lorsque même ces rapports à caractère exclusivement sexuel ne la satisfont plus. Quand l’abandon vers un pouvoir de séduction uniquement basé sur l’argent ne produit même plus le degré d’excitation minimal chez la proie africaine de moins en moins consentante.
L’ironie cinglante est davantage le point fort du cinéma de Ulrich Seidl que la spiritualité. Le titre de cette première partie d’une trilogie, dont nous pourrons découvrir les deux autres films dans les mois à venir, se veut donc avant tout comme une mise en question sans fioriture des idéaux mensongers sur lesquels s’appuie notre civilisation, irrémédiablement sclérosée par le pouvoir de l’argent. Car c’est grâce à ses dons volontaires pour soulager la misère profonde de la population africaine que Téresa peut se permettre de traiter les hommes noirs comme des jouets érotiques, soumis à ses moindres volontés. Sauf que ce n’est pas cela qu’elle recherche, à l’opposé de ses copines moins regardantes sur les bonnes manières, mais une relation d’égal à égal, que le contraste criant entre la femme riche et l’homme pauvre rend forcément impossible.

Vu le 11 février 2013, au Reflet Médicis, Salle 1, en VO

★★★★★★☆☆☆☆ 6/10

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