Plus sauvage d'entre tous (Le)
Réalisé par Martin Ritt (1963)
| Durée | 112 minutes |
| Sortie | 13/09/1963 |
| Note | 8/10 |
Tôt le matin, le jeune Lonnie est envoyé en ville par son grand-père Homer Bannon afin de ramener son oncle Hud, parti une fois de plus faire la bringue toute la nuit et s’amuser avec les femmes mariées de cette bourgade texane. Le vieux patriarche a besoin du conseil de son fils indigne, suite à la mort subite d’une génisse. Mais Hud ne se préoccupe guère de la ferme familiale. Quand le vétérinaire officiel met l’exploitation en quarantaine, en attendant les résultats qui ne présagent rien de bon, il cherche même à forcer son père à la retraite. Tandis que Lonnie est dupe des grands airs de son oncle, la gouvernante Alma se méfie depuis longtemps de cet homme sans principes.
La critique
Par Tootpadu 03/01/2013
Le scénario, lui aussi d’une densité impressionnante, ne s’évertue pourtant pas à se lamenter sur le déclin irréversible des mœurs et sur les traditions en voie de disparition, ressuscitées d’une façon tout à fait éphémère lors de la chanson avant la séance de cinéma, par exemple. La plume incisive du couple de scénaristes Harriet Frank Jr. et Irving Ravetch s’emploie plutôt à former un carré de relations tendues entre les quatre personnages principaux : ils sont tous hantés par leurs démons, tous en proie à la nostalgie du passé ou au vague à l’âme d’un avenir incertain, et surtout tous incapables de faire fonctionner au quotidien la vie à la ferme avec cet électron libre de Hud. La fièvre aphteuse des bêtes n’y est que la partie visible d’un processus de décrépitude, qui se soldera par l’éclatement aussi résigné qu’irréversible de la cellule familiale recomposée. Or, ce n’est pas parce qu’une véritable présence féminine – autre que cette gouvernante à tout faire qui doit être à la fois la mère, la sœur et l’amante involontaire, si elle ne soutire pas en jouant aux cartes leur salaire durement gagné aux saisonniers – manque à ce microcosme à couteaux tirés que la vie commune est quasiment impossible. La tragédie à l’envergure grecque qui s’abat sur le clan Bannon est avant tout due à l’éternel conflit entre les générations, qui campent sur leurs positions au lieu de chercher un terrain d’entente.
Malgré l’odeur pestilentielle que cette histoire de décrépitude devrait véhiculer, elle dégage une sensualité folle, comme si la sobriété désenchantée du Texan Larry McMurtry se mélangeait avec la moiteur viscérale de Tennessee Williams. Sous l’œil de la magnifique photographie en noir et blanc de James Wong Howe et accompagnées très discrètement par une bande originale parcimonieuse de Elmer Bernstein, les passions se déchaînent par conséquent sans autre issue que le départ et le vagabondage à travers les plaines arides de cette Amérique, qui crée ses propres mythes à partir de drames aussi appliqués et virtuoses que celui-ci.
Revu le 3 janvier 2013, au Reflet Médicis, Salle 1, en VO