Jack Reacher

Réalisé par Christopher McQuarrie (2012)

Thriller
Jack Reacher
Durée 130 minutes
Sortie 26/12/2012
Note 7/10

Cinq passants sont assassinés près du stade de Pittsburgh par un tireur embusqué. L’enquête sous la direction du commissaire Emerson avance rapidement et le vétéran d’Irak James Barr est inculpé par le procureur Alex Rodin. Plutôt que de reconnaître les faits, le suspect demande de voir Jack Reacher, un ancien enquêteur de la police militaire qui préfère rester introuvable. Alors que Barr est dans le coma suite à une agression lors d’un transfert de prisonniers, Reacher fait son apparition. Son approche peu orthodoxe de l’affaire intrigue Helen Rodin, l’avocate de Barr et la seule à penser qu’il pourra échapper à la peine capitale. D’abord réticent, Jack Reacher accepte finalement de mener l’enquête pour la défense.

Les critiques

Par Mulder 23/05/2013

Entre deux grosses productions américaines (Mission : impossible Protocole fantôme et Oblivion), Tom Cruise aurait joué dans une comédie musicale, Rock forever, et un honnête thriller, Jack Reacher que j’ai pu découvrir le jour de sa sortie.

Le réalisateur Christopher McQuarrie signe ici son deuxième film, dix ans après Way of the gun. En effet, étant à la base un scénariste reconnu (Usual suspects, Walkyrie), sa carrière est plus active au niveau de l’écriture que derrière une caméra. Sur la base d’une série de livres de Lee Child (treize à ce jour) ayant pour personnage principal le même personnage, soit Jack Reacher, le réalisateur et scénariste a décidé de commencer cette nouvelle franchise potentielle via le tome neuf, soit "One shot", publiée en 2005. Le Jack Reacher adapté sur grand écran est comme celui des livres qui lui sont consacrés, un héros solitaire, froid, efficace et hanté par son passé militaire. La taille du héros du livre (1m96) a été revu à la baisse afin de mieux correspondre à la taille de l’acteur qui l’interprète (Tom Cruise ne mesurant que 1m70). Le plus important à travers ce thriller n’est pas la résolution de l’intrigue, mais plutôt la description des principaux personnages, leurs relations entre eux et le réalisateur refuse toute esbroufe inutile en évitant toute scène d’action superflue. Loin des films d’action actuels, tel le très réussi Safe de Boaz Yakin avec l’incontournable Jason Statham, on ne comptera qu’une seule course poursuite (très efficace) et trois scènes de combat corps à corps et une longue scène de fusillade. L’intérêt d’une telle œuvre n’est donc pas d’être un énième film d’action lambda, mais plutôt un honnête thriller très seventies, nous rappelant ainsi par moments l’excellente série des Inspecteur Harry. Le réalisateur, que l’on sent avoir une culture cinématographique assez poussée, refuse tout effet inutile et fait de son film une œuvre carrée, certes sans grande surprise, mais racée et efficace.

Jack Reacher est un film pourtant très réussi, car il repose entièrement sur une réalisation et un scénario irréprochables, mais surtout sur un acteur disgracié en 2006 par Paramount Pictures pour comportement inacceptable, malgré le succès en salle de Mission : Impossible 3. Tom Cruise a réussi à se relever de ses déboires malgré des films guère trépignants qui ont suivi (Lion et agneaux, Walkyrie), mais surtout grâce au fait qu’il a su jongler avec des succès salués par la presse et le public (Tonnerre sous les tropiques et Mission : impossible Protocole fantôme). Jack Reacher est ainsi, par rapport à certains de ses films, une simple parenthèse apparaissant comme un film indépendant, boosté par sa présence. Non seulement, il tient ici la casquette d’acteur principal, mais également de producteur avec une nouvelle fois à ses côtés la productrice Paula Wagner. Le film n’est pourtant pas un simple véhicule servant sa carrière et le mettant dans tous les plans, mais plutôt une petite production très réussie et distrayante. Le film lui permet également de retravailler avec le trop rare Robert Duvall, vingt-deux ans après Jours de tonnerre.

Jack Reacher s’apparente donc à un excellent choix pour finir l’année 2012, voire pour commencer l’année 2013. On attend avec impatience en 2013 Oblivion et All you need is kill, qui marqueront le retour à la science-fiction de Tom Cruise.

Vu le 26 décembre 2012, au Gaumont Disney Village, Salle 2, en VF

Revu le 23 mai 2013 en Blu-ray, en VO

★★★★★★★☆☆☆ 7/10

Par Tootpadu 12/12/2012

Quelle courbe de carrière étrange Christopher McQuarrie a suivi jusqu’à présent ! Oscarisé à moins de trente ans pour le scénario de Usual suspects au milieu des années 1990, il ne fait rien de notable ensuite, avant de signer son premier film en tant que réalisateur en 2000, Way of the gun, un film de genre plutôt réussi à notre avis, surtout grâce aux seconds rôles savoureux tenus par Juliette Lewis et James Caan. Et puis, à nouveau rien ou presque, si ce n’est quelques participations à des scénarios peu mémorables. Sa collaboration antérieure avec Tom Cruise lui a sans doute valu l’emploi de réalisateur sur Jack Reacher, un thriller sensiblement plus vigoureux et tordu que les bandes-annonces quelconques ne le laissaient présupposer.
La vedette, qu’on aurait pu croire sur le déclin après son enchaînement de déboires dans la vie privée, y confirme son regain de santé cinématographique, déjà constaté lors du dernier Mission : impossible. Le Tom Cruise des années 2010 n’est plus le bellâtre qui symbolise à lui seul tout ce qui fait rêver l’Amérique. Il campe désormais des personnages plus sombres et ténébreux, des anti-héros qui mènent sobrement leur combat sans jamais s’en enorgueillir. Ainsi, Jack Reacher a certes toujours des capacités quasiment surhumaines, que ce soit du côté des arts martiaux ou des capacités d’analyse mentale pour tirer à jour les failles de l’argumentation de l’accusation. Mais en même temps, il ne croit plus d’une façon aussi idéaliste que sa partenaire avocate en une vérité absolue, qui vaudrait plus que le droit du plus fort ou la certitude que le fonctionnement de notre civilisation tel que le pouvoir en place nous le présente est fortement erroné. C’est un homme qui ne se voit pas comme un héros, et qui colporte pourtant par ses actes et ses paroles l’essentiel d’une philosophie américaine passablement réactionnaire.
Le propos discutable du film ne nous fait par contre nullement bouder notre plaisir face à un récit qui profite aisément de ses inégalités et autres changements de ton réguliers. Quelques incongruités scénaristiques mises à part, le récit n’est en effet pas à une bonne surprise près, à la fois du côté des petits morceaux de bravoure qui pimentent le rythme narratif et des retournements qui brouillent constamment nos repères. A l’exception de l’interprétation glaciale de Werner Herzog dans le rôle du Mal absolu, les méchants n’y paraissent guère inquiétants. Mais ce flou moral à l’opposé d’un affrontement manichéen caricatural ne fait qu’enrichir le dilemme que Jack Reacher doit résoudre avant de disparaître à nouveau dans la nature, en attendant un prochain film dans cet univers guère révolutionnaire, mais très divertissant.

Vu le 11 décembre 2012, au Club de l'Etoile, en VO

★★★★★★☆☆☆☆ 6/10

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