J'enrage de son absence

Réalisé par Sandrine Bonnaire (2012)

Drame
J'enrage de son absence
Durée 99 minutes
Sortie 31/10/2012
Note 6/10

L’architecte américain Jacques rentre en France après une longue absence, afin de régler la succession de son père, récemment décédé. Il profite de son séjour pour reprendre contact avec Mado, son ancienne compagne de laquelle il s’était séparé suite à la mort dans un accident de voiture de leur fils Mathieu. Tandis qu’elle s’est reconstruite après cet horrible incident, en se remariant avec le professeur Stéphane et en ayant un autre fils Paul, lui souffre toujours de cette disparition. Mado accepte que Jacques rencontre Paul. Mais quand elle se rend compte que le père de son premier enfant cherche à établir un lien trop étroit avec son deuxième, elle préfère garder ses distances.

La critique

Par Tootpadu 02/10/2012

Pour ses débuts en tant que réalisatrice de fictions, après un premier documentaire Elle s’appelle Sabine, Sandrine Bonnaire ne s’est pas rendu la tâche facile. La gravité du désespoir émane presque constamment de ce drame sans issue, où l’affirmation d’une vie normale n’arrive pas à supplanter un deuil profondément enraciné. Dans toute sa noirceur, le film réussit cependant à préserver une forme d’innocence pure qui l’empêche, à de très rares écarts près, de sombrer dans un climat malsain et moralement douteux.
L’immense tristesse de Jacques, interprété magistralement par William Hurt, est apparente dès sa première apparition, quand il est surpris dans sa voiture par Paul, qui joue le mort sur le capot. Nous ne savons rien encore de cet homme irrémédiablement meurtri par la disparition de son propre fils, ni du garçon qui va adopter volontairement et secrètement le rôle de l’enfant de substitution. Cependant, toute sa souffrance intériorisée transparaît déjà dans cette introduction délicate. Le même regard terrorisé revient à la toute fin de J’enrage de son absence – quel beau titre, à l’image du film qui le porte –, sauf qu’à ce moment-là, notre connaissance plus intime des motivations tordues de Jacques lui confère un côté encore plus insoutenable, comme l’expression suprême d’un homme qui s’apprête à descendre aux enfers.
Heureusement, la mise en scène reste assez sobre, à l’exception notable d’un emploi un peu trop pesant de la musique, pour ne pas exacerber les deux partis antagonistes qui s’affrontent sournoisement. Le père de pacotille a beau revêtir tous les attributs de l’ogre des contes de fées, sa démarche n’en reste pas moins touchante, puisque dépourvue de toute connotation pédophile explicite. La relation qu’il établit en cachette avec Paul nous touche ainsi plus parce que nous ne doutons guère de sa probité morale, qu’elle ne nous met mal à l’aise à cause du caractère douteux de ce lien étroit entre un gamin et un homme âgé.
La narration sait admirablement maintenir l’équilibre fragile entre l’aspiration à un amour paternel impossible et les seules conditions honteuses dans lesquelles cette complicité peut s’épanouir. Elle y parvient de surcroît sans jamais faire abstraction d’un raisonnement sain, puisque Jacques s’était déjà résigné à faire une croix sur sa vie française, avant de se raviser in extremis à l’aéroport. Il n’y a que le retour brutal à la réalité, c’est-à-dire au rétablissement du cercle familial traditionnel, inévitable certes, mais aussi géré d’une manière un peu trop expéditive, qui dénote par son agressivité, là où tout le reste du film baigne dans une ambiguïté morale des plus subtiles et par conséquent des plus saisissantes.

Vu le 1er octobre 2012, au Club Marbeuf

★★★★★★☆☆☆☆ 6/10

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