Blow out
Réalisé par Brian De Palma (1982)
| Durée | 108 minutes |
| Sortie | 17/02/1982 |
| Note | 6/10 |
L’ingénieur du son Jack Terry effectue un soir sur un pont des enregistrements de bruits d’ambiance, quand il devient le témoin d’un accident de voiture. Il se précipite vers la carcasse du véhicule tombé dans un lac, mais il n’arrive à en extraire qu’un des deux passagers. A l’hôpital, il apprend que la victime de l’accident est le gouverneur McRyan, un candidat très prometteur à la prochaine élection présidentielle. Les proches du politicien implorent Jack de taire la présence de la femme dans la voiture pour éviter un scandale. Il accepte, mais en réécoutant sa bande sonore de l’événement, sa première suspicion se confirme : qu’il ne s’agit pas d’un accident, mais d’un assassinat. Personne ne veut le croire, même pas Sally, la seule rescapée, qui n’est pas non plus tout à fait innocente dans cette affaire.
La critique
Par Tootpadu 11/09/2012
Les séquences les plus réussies du film sont ainsi celles où le son prend toute son importance ou celles qui montrent le travail méticuleux de détective amateur que le protagoniste entreprend pour prouver une théorie que presque personne ne veut entendre. Le réalisateur opère une malicieuse mise en abîme dès l’introduction du film – ce porno soft de mauvaise qualité déguisé comme un thriller sur lequel Jack travaille – en y multipliant les effets sonores ridicules. Le ton devient tout de suite plus sérieux, lorsque l’ingénieur sort de l’espace préservé de son studio, pour se heurter au caractère imprévisible de la vie à l’extérieur. Parti initialement pour capter le son du vent qui souffle à travers la forêt, il s’éloigne de plus en plus de son sujet premier, en enregistrant d’abord les bruits des bêtes et d’un couple d’amoureux, jusqu’à l’accident fatidique dont il entend le son avant de le voir.
Curieusement, c’est le méchant qui exerce une plus grande emprise sur le domaine sonore que le héros, pour sa part déjà traumatisé par un mauvais maniement de matériel dans le passé. Outre le son récurrent du fil qu’il sort de sa montre, d’ailleurs un aspect énigmatique de la bande si convoitée auquel Jack ne prête guère attention, ce tueur psychopathe attire également l’attention d’une de ses victimes par le bruit du combiné avec lequel il frappe contre la vitre de la cabine téléphonique. Il reste de même le maître de la situation finale, alors que son adversaire doit écouter de loin les cris d’agonie de sa complice.
Cet ultime aveu d’impuissance s’inscrit bien sûr dans la longue lignée de références à l’univers de Alfred Hitchcock, dont Brian De Palma a usé et abusé fréquemment à l’époque. Ainsi, le deuil impossible de Jack s’apparente à l’état catatonique de Scottie Ferguson dans Sueurs froides, à la différence près qu’aucune figure du double ne viendra lui apporter un salut traître. Ce personnage fait néanmoins preuve d’une complexité appréciable, qui commence dès sa première vraie rencontre avec Sally dans le café de la gare. Un moment comparable vers la fin du film, lorsque le proxénète fait des avances explicites à sa proie fonctionne hélas beaucoup moins bien. De même, les deux variations de la partition de Pino Donaggio, soit excessivement expressive, soit digne d’une musique d’ascenseur, et quelques choix formels douteux, comme le ralenti pendant la course à pied à travers la célébration à Philadelphie, rendent Blow out un peu trop inégal pour lui permettre de remporter sans partage notre adhésion.
Il demeure toutefois un des rares films qui savent exprimer adroitement l’importance primordiale du son au cinéma. Il y parvient à la fois en montrant l’ingénieur au travail et en orchestrant avec maestria un environnement sonore des plus recherchés.
Revu le 10 septembre 2012, au Grand Action, Salle Henri Ginet, en VO