Magasin des suicides (Le)
Réalisé par Patrice Leconte (2012)
| Durée | 79 minutes |
| Sortie | 26/09/2012 |
| Note | 6/10 |
Dans la maison Tuvache, la tradition d’offrir à une clientèle déprimée les outils les plus infaillibles pour se suicider est transmise de père en fils. Alors qu’il est interdit, sous peine d’amende, de mettre fin à ses jours sur la voie publique, les affaires de Mishima et Lucrèce Tuvache marchent à merveille, par les temps de crise qui courent. Leur progéniture a épousé corps et âme leur état d’esprit morbide et fera tout pour que les clients ne puissent plus revenir se plaindre d’un produit défectueux. Jusqu’à l’arrivée du petit troisième, Alan, qui met dès sa naissance la boutique sens dessus dessous par son sourire et son optimisme.
La critique
Par Tootpadu 29/08/2012
L’influence de L’Etrange Noël de Monsieur Jack de Henry Selick est difficile à ignorer dans le cas d’une comédie musicale à l’honneur des pulsions les plus morbides. Mais la plume et l’œil de Patrice Leconte apportent à ce film-ci une touche suffisamment personnelle pour lui éviter de trop souffrir de la comparaison. Car dans toute son exubérance visuelle, le récit a quand même trait à une réalité pénible et désespérante qui perçoit le plus souvent le suicide des autres comme une nuisance pour nos déplacements en transport en commun. L’esprit nihiliste de notre époque est d’ailleurs malicieusement repris dans cette adaptation du roman de Jean Teulé, où les secours n’arrivent pas pour aider les agonisants, mais pour distribuer des PVs, et où les hommes tombent comme des mouches, sans que personne ne s’en étonne. Le changement de ton qui coïncide avec l’introduction du petit trublion insouciant dans cet environnement funeste pousse le film un peu trop vers le conte enfantin, une séquence étonnamment érotique mise à part. Mais même dans ses excès les plus sucrés – comme pour mieux créer un pendant à la noirceur initiale –, la narration sait préserver un détachement assez jubilatoire.
Auparavant, Patrice Leconte s’était fait une réputation de réalisateur laborieux et banal. D’où la bonne surprise de le voir ici aux commandes d’un film dépourvu de faux pas notables, que ce soit d’un point de vue esthétique ou narratif. L’immersion dans l’univers déprimant de la famille Tuvache se fait au contraire avec une aisance remarquable, peut-être justement parce que la dimension tragique d’un gâchis aussi insensé que le suicide n’y est jamais sérieusement abordée.
Vu le 29 août 2012, à la Salle Pathé François 1er