Piano forest

Réalisé par Masayuki Kojima (2009)

Anime
Piano forest
Durée 100 minutes
Sortie 17/06/2009
Note 6/10

La grand-mère de Amamiya Shuhei est malade. Pour permettre à sa mère de la soigner, le garçon est contraint de quitter son école et de la suivre en province. Shuhei, qui rêve de devenir un pianiste professionnel comme son père, a d'abord du mal à s'intégrer dans sa nouvelle classe. Jusqu'à ce qu'il rencontre Ichinose Kai, turbulent et joueur, qui serait le seul à pouvoir sortir des sons d'un piano mystérieux, abandonné au coeur d'une immense forêt qui borde la ville.

La critique

Par Tootpadu 30/05/2009

L'art comme vocation ou comme calvaire, telle est la dichotomie qu'explore d'une façon agréablement ludique ce film d'animation japonais, adapté du manga de Makoto Isshiki. Ce conflit, au moins aussi vieux qu'Amadeus de Milos Forman, donne lieu à une leçon très touchante sur la subjectivité de l'art et sur la modestie qu'il devrait nous inspirer. Tandis que Kai n'exerce la musique que pour se faire plaisir et pour exprimer un côté plus sensible de sa personnalité de rebelle éternel et de cancre incorrigible, qui a tout d'un personnage qu'il aurait inventé pour tromper son entourage rustre, son ami improbable Shuhei y voit principalement un plan de carrière, établi méticuleusement pour faire plaisir à ses parents.
La narration de Masayuki Kojima demeure étonnamment concentrée sur ces conceptions diamétralement opposées de la pratique de l'art. Sa sobriété fort appréciable laisse de côté tous les éléments qui pourraient ammener le récit sur d'autres voies, qu'elles soient de l'ordre du fantastique (l'énigme du piano dans la forêt) ou du familial (la figure du père quasiment absente de l'image, tout comme celle de la grand-mère, le déclencheur de l'intrigue). Ce qui paraît préoccuper tout d'abord le réalisateur, ce sont les rapports divers que ses personnages entretiennent avec la musique. De la nostalgie distante du professeur, à la joie enfantine de Kai, en passant par des degrés variables d'application studieuse de la part de Shuhei et de Takako, le spectre de l'état d'esprit de ceux qui font de la musique est aisément couvert. Ils sont tous passionnés de leur art, mais leur engagement leur procure un plaisir et une satisfaction tout à fait divergents.
De ce point de vue, Piano forest fait preuve d'une démarche doucement et très efficacement pédagogue. Même si le dispositif de la voix off est employé avec un peu trop d'insistance pour traduire les émotions et les intentions des personnages, c'est un symbole plutôt astucieux pour indiquer que le premier obstacle avant d'accéder à la plénitude de l'art se trouve à l'intérieur de nous-mêmes. C'est en faisant couler notre singularité, à condition d'en disposer et d'en être conscient, dans le moule de l'expression artistique, peu importe qu'il appartienne à la musique, à la littérature, au cinéma, aux arts plastiques, et ainsi de suite, que nous participerions à son avancement et à sa sublimation.
Riche en enseignements sur les bienfaits de la modestie et de la camaraderie, cet anime est pour les jeunes spectateurs un film édifiant dans le meilleur sens du terme, et un rappel utile sur l'innocence de l'art pour les plus grands.

Vu le 28 mai 2009, au Forum des Images, Salle 300, en VO

★★★★★★☆☆☆☆ 6/10

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