Killer Joe
Réalisé par William Friedkin (2012)
| Durée | 102 minutes |
| Sortie | 05/09/2012 |
| Note | 6/10 |
Chris, un petit dealer minable au Texas, doit réunir rapidement une somme importante pour régler sa dette auprès de la pègre locale. Il soumet alors à son père Ansel le plan de faire assassiner sa mère par un tueur à gages et de partager ensuite l’argent de l’assurance vie, dont sa petite sœur Dottie est le bénéficiaire. La famille engage Joe Cooper, un inspecteur qui arrondit ses fins de mois en remplissant des contrats de ce genre. Or, Joe exige d’être payé en avance, faute de quoi il prendra Dottie en guise de caution.
La critique
Par Tootpadu 21/08/2012
La bonne fée de ce retour en force s’appelle bien sûr Tracy Letts, l’auteur qui avait déjà concocté l’histoire folle de Bug, et qui fournit ici une trame par moments aussi extrême que cette perte progressive de la raison qui nous avait enthousiasmés il y a cinq ans. Le crétinisme des personnages, dont la narration se gave avec un malin plaisir, y sert de prétexte pour un regard sans complaisance sur l’Amérique rurale dans ce qu’elle a de plus bête et ignoble. De leur tentative minable de toucher le gros lot découle cependant une sensualité poisseuse, dont un autre film récent inscrit dans la même tradition du film noir comme The Killer inside me de Michael Winterbottom ne peut que rêver. Le rythme est beaucoup plus dense ici, avant que les stratagèmes et les bassesses ne culminent dans un dernier acte à la démesure et à l’ambiguïté morale insoupçonnées.
D’une facture technique aussi maîtrisée que le film précédent de William Friedkin – notamment grâce à la belle photographie de Caleb Deschanel qui fige le personnage de Matthew McConaughey dans quelques poses emblématiques – mais hélas pas aussi téméraire que lui, Killer Joe est toutefois la confirmation de la renaissance incroyable d’un réalisateur dont nous n’attendions plus rien. Espérons qu’il continuera sur la voie des histoires à la fois intimistes et extravagantes, qui lui permettrait de redorer définitivement son blason lors de cet épilogue d’un parcours autrement très inégal.
Vu le 21 août 2012, au Club Marbeuf, en VO