Monsieur Lazhar

Réalisé par Philippe Falardeau (2012)

Drame scolaire
Monsieur Lazhar
Durée 95 minutes
Sortie 05/09/2012
Note 6/10

Après le suicide de leur professeur Martine Lachance, les élèves d’une école à Montréal sont sous le choc. Alors que la directrice cherche désespérément à encadrer le suivi psychologique des enfants et à trouver un remplaçant, Bachir Lazhar se présente à l’improviste dans l’établissement afin de postuler pour ce poste laissé vacant suite au drame. Ce demandeur d’asile algérien est alors engagé hâtivement. Il devra désormais faire face à une nouvelle culture et surtout à une classe de jeunes adolescents meurtris par le deuil de leur enseignante.

La critique

Par Tootpadu 21/08/2012

Les thèmes traités dans ce film canadien auraient tendance à être plutôt encombrants d’un point de vue humain, et par répercussion dramatique. Le suicide, les réfugiés, la découverte de la mort par des enfants, la différence des us et coutumes entre des pays aussi différents que le Canada et l’Algérie : il y avait de quoi faire un mélodrame manipulateur dont l’unique finalité serait de transmettre un lot considérable de bons sentiments. La voie que le réalisateur Philippe Falardeau emprunte dans son quatrième film est heureusement une autre, puisqu’il sait privilégier avec une sobriété presque excessive les moments de calme, où le chagrin et la douleur se font pourtant entendre.
Ce qui arrive aux personnages de Monsieur Lazhar est au fond d’une banalité confondante. Des gens doivent s’exiler ou choisissent de le faire chaque jour pour un large éventail de raisons. Et la confrontation avec le point final de notre vie à tous se fait tôt ou tard dans l’existence de chacun, même si cet événement charnier ne prend pas nécessairement la forme d’une personne de confiance qui s’est pendue dans un endroit qui aurait dû véhiculer la prospérité intellectuelle en communauté. Par conséquent, la mise en scène laisse entièrement de côté tout dispositif formel susceptible d’attirer l’attention à lui, afin de permettre à cette histoire touchante de se développer le plus organiquement possible. Les rares coups de théâtre n’y retentissent pas avec fracas, mais ils déclenchent un enchaînement de conséquences qui produit un effet plus durable sur le spectateur que ne l’aurait été une crevaison de l’abcès dans un ton plus exagéré.
Ce style narratif tout en retenue, qui évite à tout prix d’insister ou de souligner des éléments qui apparaissent déjà en filigrane, risque néanmoins de produire l’effet inverse, à savoir d’instaurer une distance avec des personnages dont le parcours pourrait nous toucher davantage. Monsieur Lazhar lui-même focalise parfaitement ce piège d’une identification détachée par son attitude mi-amusée, mi-craintive à l’égard de ses élèves et de ses collègues. Il en résulte un léger malaise qui pourrait être, après tout, la principale qualité d’un film qui déborde de subtilité : celle qui consiste à admettre que la volonté de partager le trauma existentiel de l’autre connaît forcément des limites et que ce n’est pas une propagande volontariste à l’américaine qui résoudra tous les problèmes.

Vu le 20 août 2012, à la Salle UGC, en VQ

★★★★★★☆☆☆☆ 6/10

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