Solitude des nombres premiers (La)
Réalisé par Saverio Costanzo (2011)
Drame
| Durée | 119 minutes |
| Sortie | 04/05/2011 |
| Note | 5/10 |
Dès leur plus jeune âgé, Alice et Mattia souffrent du regard des autres, au point de se couper du monde extérieur. L’une à cause d’un accident de ski, suite auquel elle est devenue boiteuse. L’autre en raison de sa sœur jumelle Michela, handicapée mental, dont la présence lui rend une vie normale impossible. Ces deux êtres meurtris ne vont se rencontrer qu’au lycée. Mais il faudra encore bien plus de temps, avant qu’ils ne se trouvent réellement.
La critique
Par Tootpadu 11/05/2011
Ce que nous aimons le plus chez les nombres premiers, ce sont leur simplicité et leur pureté quasiment monolithiques. Le nouveau film du réalisateur italien Saverio Costanzo s’écarte malheureusement de ce droit chemin, pour nous présenter un récit complexe, voire alambiqué jusqu’à l’extrême. Sa narration a ainsi su préserver sa force de fascination, basée sur un langage visuel qui mélange savamment le mystique et le concret, comme ce fut déjà le cas dans In memoria di me. Le motif récurrent du couloir ou du tunnel exerce une attirance, qui accentue encore le côté énigmatique de l’intrigue, presque conçue comme un giallo psychologique, dont la seule victime serait l’esprit torturé des deux personnages principaux.
Cette absence d’un véritable enjeu se fait cependant ressentir, dès que le dispositif du va-et-vient incessant entre les trois niveaux temporels de l’enfance, de l’adolescence, et de l’entrée dans l’âge adulte commence à s’essouffler. Le malaise persistant d’Alice et de Mattia résulte certes des traumatismes physiques et psychologiques qu’ils ont subis très tôt dans leur vie. Mais en tant que moteur dramatique, susceptible de faire progresser une intrigue qui ne tournerait pas qu’autour d’une mise en abîme de trois moments clés de leur existence, ces personnages renfermés, quoique nullement antipathiques ou hystériques, nous paraissent insuffisants.
La tentative d’expliciter une forme assez tordue de la souffrance intériorisée, née d’une série interminable d’humiliations et de la certitude de ces deux exclus, par choix ou par résignation, d’être considérés comme inférieurs par leurs proches, ne réussit par conséquent que partiellement dans La Solitude des nombres premiers. En plus, l’ajout tardif d’un quatrième niveau, qui concrétise en quelque sorte l’adieu au bonheur commun de ces deux handicapés de la vie attachants – avant que le scénario indécis ne se ravise in extremis –, souligne à quel point Saverio Costanzo ne paraît pas trop savoir où il veut en venir avec son troisième film. En revanche, l’interprétation de la magnifique Isabella Rossellini dans le rôle court mais emblématique de la mère autoritaire de Mattia ne se pose pas de telles questions. Elle confère plutôt au film un peu de pragmatisme à la fois froid et bien intentionné, dont le couple de protagonistes, prisonniers d’une conception inutilement vague et torturée de la vie, est tout à fait incapable.
Cette absence d’un véritable enjeu se fait cependant ressentir, dès que le dispositif du va-et-vient incessant entre les trois niveaux temporels de l’enfance, de l’adolescence, et de l’entrée dans l’âge adulte commence à s’essouffler. Le malaise persistant d’Alice et de Mattia résulte certes des traumatismes physiques et psychologiques qu’ils ont subis très tôt dans leur vie. Mais en tant que moteur dramatique, susceptible de faire progresser une intrigue qui ne tournerait pas qu’autour d’une mise en abîme de trois moments clés de leur existence, ces personnages renfermés, quoique nullement antipathiques ou hystériques, nous paraissent insuffisants.
La tentative d’expliciter une forme assez tordue de la souffrance intériorisée, née d’une série interminable d’humiliations et de la certitude de ces deux exclus, par choix ou par résignation, d’être considérés comme inférieurs par leurs proches, ne réussit par conséquent que partiellement dans La Solitude des nombres premiers. En plus, l’ajout tardif d’un quatrième niveau, qui concrétise en quelque sorte l’adieu au bonheur commun de ces deux handicapés de la vie attachants – avant que le scénario indécis ne se ravise in extremis –, souligne à quel point Saverio Costanzo ne paraît pas trop savoir où il veut en venir avec son troisième film. En revanche, l’interprétation de la magnifique Isabella Rossellini dans le rôle court mais emblématique de la mère autoritaire de Mattia ne se pose pas de telles questions. Elle confère plutôt au film un peu de pragmatisme à la fois froid et bien intentionné, dont le couple de protagonistes, prisonniers d’une conception inutilement vague et torturée de la vie, est tout à fait incapable.
Vu le 10 mai 2011, au MK2 Quai de Loire, Salle 4, en VO
★★★★★☆☆☆☆☆
5/10