Inju La Bête dans l'ombre

Réalisé par Barbet Schroeder (2008)

Thriller
Inju La Bête dans l'ombre
Durée 105 minutes
Sortie 03/09/2008
Note 6/10

Au début des vacances, l’écrivain français Alex Fayard est invité au Japon, afin d’y promouvoir son roman policier, qui s’inspire directement de l’œuvre de son idole, l’auteur à succès Shundei Oe. Personne n’a jamais vu ce dernier, qui vit comme un reclus et qui laisse ses livres parler à sa place. L’arrivée d’un concurrent, voire d’un imposteur étranger le fait cependant réagir. Il provoque indirectement Alex et lui conseille de retourner dès que possible en France. En dépit de ces menaces, son disciple européen rêve toujours de le rencontrer. Il pourrait en avoir l’occasion grâce à Tamao, une danseuse geiko qu’il a rencontrée lors d’un dîner d’affaires. Elle se sent harcelée par un ancien amant éconduit, qui ne serait personne d’autre que le célèbre écrivain mystérieux.

La critique

Par Tootpadu 21/03/2012

La mise en abîme est le maître-mot du dernier film de Barbet Schroeder. Que ce soit à dessein ou involontairement, vu son échec commercial, Inju La Bête dans l’ombre représente de même une sorte de somme prématurée de l’œuvre du réalisateur. Ce dernier s’amuse en effet à jouer avec les attentes du spectateur, tout en revisitant quelques thèmes fédérateurs d’une filmographie pas si hétéroclite que son créateur voudrait le faire croire. L’intrigue de base suit ainsi les grandes lignes de celle de Maîtresse : un fanfaron venu de la province ou de l’étranger cherche à s’imposer auprès d’une femme à la profession aux accents plus ou moins sado-masochistes qui se sent déjà liée à une éminence grise au rôle douteux. Il y est une fois de plus question de culpabilité, cette faille humaine si chère à Schroeder, et d’une manipulation à double tranchant qui est expliquée assez platement au moment d’un épilogue guère réussi.
Avant que la narration ne dévoile le pourquoi et le comment de cette descente aux enfers japonais, heureusement plus ouverte à une culture lointaine et plus curieuse à l’égard de ses us et coutumes que le dépaysement forcé dans Lost in translation de Sofia Coppola, elle se fait un malin plaisir à nous berner par le biais de dispositifs plus ou moins ingénieux. Tandis que le prologue, qui n’est en fin de compte que le dénouement d’une adaptation cinématographique d’un livre de Shundei Oe qu’Alex montre à ses élèves, fait office d’hommage aux films de genre japonais, l’effet de surprise des nombreuses séquences oniriques s’use très vite. De la part d’un réalisateur malgré tout aussi pragmatique et attaché à une sobriété formelle que Barbet Schroeder, on aurait pu s’attendre à un ton moins vague et dans un état de suspension, voire de torpeur, moins marqué. Une des finalités de l’histoire est certes de démontrer à quel point le protagoniste, un expert auto-proclamé du Japon, s’est fait avoir en venant sur la terre de ses fantasmes. Mais la décision de suggérer cette perte de repères à travers des cauchemars et une invitation insistante de la part de Tamao à se reposer, et donc à lâcher prise, ne s’avère pas entièrement concluante.
C’est donc à un point final provisoire de carrière mi-figue mi-raisin que nous convie Barbet Schroeder. L’apparition à peine larvée de ses préoccupations majeures s’y mêle à quelques lacunes scénaristiques que la facture globale du film réussit à rattraper aisément. L’image du Japon qu’il véhicule s’apparente dans ce contexte plus à la fantasmagorie depuis un point de vue étranger, faite de geishas, de yakuzas, et de traditions difficiles à cerner, qu’à une véritable immersion dans une culture hautement codifiée que le réalisateur affectionne tant, comme le prouve son admiration pour Ozu, Mizoguchi ou encore Oshima. Cette sagesse de ne pas se laisser piéger par la pose de l’imposteur, qui causera justement la perte du personnage principal, est certes tout à l’honneur du réalisateur. Mais elle est en même temps le garant d’une certaine frustration, qui découle de ce sentiment enrageant d’être tenu à l’écart du cœur de l’action.

Vu le 20 mars 2012, au Magic Cinéma, Salle 1, Bobigny, en VO

★★★★★★☆☆☆☆ 6/10

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