Sans laisser de traces

Réalisé par Grégoire Vigneron (2010)

Thriller
Sans laisser de traces
Durée 96 minutes
Sortie 10/03/2010
Note 6/10

La vie d'Etienne Meunier est sur la pente ascendante, avec sa promotion imminente au poste de président de son entreprise et les tentatives d'avoir un enfant avec sa femme Clémence. Tout bascule lorsqu'il croise par hasard Patrick Chambon, un ami du lycée qui n'a pas suivi un parcours aussi brillant qu'Etienne. Pris de panique avant la date fatidique de sa consécration professionnelle, Etienne confie à Patrick un lourd secret qu'il avait gardé pour lui depuis longtemps : son succès, il le doit à l'invention d'un autre qu'il s'était appropriée sans le dire à son auteur, le chimiste modeste François Michelet. Afin d'exorciser la mauvaise conscience de son ami, Patrick lui propose de révéler sans tarder la vérité à Michelet. Mais la confrontation en pleine nuit tourne au drame et Etienne se trouve dès lors pris au piège d'une amitié qu'il aurait mieux fait de ne pas raviver.

La critique

Par Tootpadu 26/02/2010

Les faux semblants abondent dans cette co-production franco-belge d'une efficacité et d'une solidité enthousiasmantes. Pendant que le scénario suit imperturbablement une série de fausses pistes, censées accroître encore la perte de repères moraux et légaux du protagoniste, c'est justement le fond éthique de ce dernier qui est sondé avec une précision bluffante. Du coup, le premier film en tant que réalisateur de Grégoire Vigneron nous a subjugués sur les deux faces d'un thriller dans la plus pure tradition hitchcockienne : celle d'une intrigue parfaitement huilée qui joue autant sur l'appréhension des pièges tendus au héros que sur l'inventivité de ce dernier pour s'y soustraire in extremis, ainsi que celle, plus enfouie et difficile à faire exister sans forcer lourdement le trait, de la perversion d'un être pur en apparence, dont le caractère initialement irréprochable ne sortira pas indemne de l'aventure. Toutefois, Sans laisser de traces est suffisamment ancré dans une certaine tradition francophone du genre policier pour être autre chose qu'une copie pâlichonne des chefs-d'oeuvres du maître du suspense.
Le scénario de Laurent Tirard et de Grégoire Vigneron se tient en effet largement à l'écart des sentiers battus habituellement empruntés pour miner des retrouvailles amicales empoisonnées. L'arrivée de Patrick Chambon n'est ainsi que l'élément déclencheur de la crise existentielle qu'Etienne doit traverser à tout prix. Ce personnage plus pitoyable que maléfique exerce une mauvaise influence sur le héros, sans pour autant être la cause de ses ennuis. Sa façon d'aborder les problèmes de front, sans se voiler la face, est en opposition avec les méthodes de velours d'Etienne, qui se perd progressivement dans son labyrinthe de cachotteries et de subterfuges. Au fond, c'est son ennemi lointain, à savoir l'incarnation de sa mauvaise conscience sous les traits de François Michelet, qui le cerne mieux que son entourage, convaincu à tort de sa bonne volonté. Simultanément, cette "couille molle" qui n'ose pas assumer ses méfaits et qui aspire peut-être même à être le bon gars que tout le monde voit en lui, sait se tirer d'affaire avec une souplesse morale qui laisse entrevoir malgré tout un bon fond.
La mise en scène de Grégoire Vigneron fait preuve d'une élégance rare, qui ne prend jamais en otage ni le spectateur, ni ses personnages. Derrière l'écran de fumée adroitement orchestré d'un film de genre redoutable, elle privilégie la dimension humaine des personnages, aussi imparfaits soient-ils. Cet esprit magnanime se manifeste par exemple à travers la description sans mesquinerie de Patrick Chambon, dont le caractère néfaste aurait facilement pu dégénérer en la caricature exacerbée d'un maître chanteur fou. De même, la courte séquence du retour d'Etienne chez ses parents, dans un environnement d'une simplicité bucolique, n'était certainement pas indispensable en termes de progression de l'intrigue. Elle est par contre symptomatique d'une conception rafraîchissante du cinéma, qui cultive les petites surprises ou les écarts révélateurs, sans oublier les conclusions d'une ambiguïté morale tout à fait inhabituelle, que l'on se ferait un plaisir de voir plus souvent sur nos écrans !

Vu le 23 février 2010, au Club Marbeuf

★★★★★★☆☆☆☆ 6/10

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